CHAPITRE PREMIER
polli, déjà démissionnaire, parce qu'il était l’auteur de cette lettre, lue à la tribune, où il était dit : « LaFrance serait intervenue même contre l’avis du roi de Sardaigne, si la Lombardie et la Vénétie l’avaient demandé. »
L’Allemagne, au contraire, acclama. Les hommes de l’avenir comprenaient que l’alliance de l’Allemagne et de la France était la seule force qui pût et dût contenir la Russie dans ses limites et dans son ambition.
L’Assemblée constituante germanique — 24 juin — sur la proposition de M. Vogt de Giessen, se fit l’interprète du sentiment national.
M. Raveaux, député de Cologne et chef de la gauche modérée, exprime avec éloquence le droit de la France à l’alfection, à l’admiration des peuples: «L’Allemagne doit accepter avec joie et bonheur le pacte fraternel qui lui est offert. »
« Un mouvement irrésistible d’enthousiasme et de sympathie entraînante, dit un témoin de celte séance, suivit ce discours. La salle entière a retenti d’applaudissements unanimes et répétés. Les tribunes en masse, douze à quinze cents auditeurs des classes inférieures, ont mêlé leurs acclamations à celles des bancs où sont assis les sept cents membres du Parlement, et le public privilégié, en nombre égal pour le moins. L’entraînement était général : la gauche, le centre tout entier et une portion de la droite étaient debout. Quel-
COMMISSION EXÉCUTI V K.
ques membres seuls de l’extrême droite étaient restés immobiles à leur place et se levaient un à un, comme forcés par l’impulsion. L’église Saint-Paul n’avait pas encore vu de scène aussi imposante, aussi dramatique, aussi rassurante pour l’avenir de l’Europe et de sa civilisation... »
Le 22 juillet, l’Assemblée de Francfort s’occupa des rapports extérieurs de l’Allemagne. Après avoir voté le principe de non-intervention en faveur de la liberté des peuples et s’être levée en masse en l’bonneurde la Hongrie, elle adopta cette proposition de son comité : a L’Assemblée nationale prononce la reconnaissance officielle de la République française, et charge le ministre de l’Empire d'envoyer sans aucun retard, à Paris, un ambassadeur d’Allemagne. »
M. de Schmerling, ex-président de la Diète et ministre de l’Empire, s'était écrié : « L’Allemagne reconnaît tout ce qu’elle doit à ce peuple magnanime, et le Gouvernement qu’il s’est donné a droit à l’affection de toutes les nations amies de la liberté. »
Dans cet échange spontané et enthousiaste de sentiment entre les deux nations, il ne s’était glissé aucune arrière-pensée de rivalité, de susceptibilité craintive ou ambitieuse. Le développement des institutions, la concentration des peuples de race semblable ou différente, paraissaient logiques et naturels. La France ne crut pas un instant que l’unité de l’Allemagne, affranchiede ses34 despoteset représentée par un Parlement libéral, créateur de la constitution germanique, fût un péril pour la République française. Dans l'âme de cha-