CHAPITRE SIXIÈME
Attroupements, émeute sur la place de la Concorde. — Récit de M. Ferrère.— Caractère bonapartiste de cette tentative; la presse démocratique socialiste le reconnaît. — Mandats d'arrêt contre MM. de Persigny et Laity. - Nouveaux attroupements et tentative d 'émeute aux cris de : Vive Napoléon, vive l'empereur. — Discussion, à l'Assemblée, sur l'admission de Louis-Napoléon Uo* napartc comme représentant. — Décision affirmative. — Revue de la presse.
Le succès de la Commission exécutive avait été complet. Après un mois d’exercice du pouvoir, elle voyait approuver ses efforts. Sa politique à l’extérieur avait déjà reçu, dans une mémorable séance, une adhésion unanime ; sa politique à l’intérieur venait d’obtenir les suffrages de l’Assemblée. Nettement posée, la question de confiance était nettement résolue. La Commission se sentait plus forte pour la défense de l’ordre et de la liberté. Elle pouvait désormais lutter victorieusement contre l’exagération des idées socialistes, poussées au delà du possible, et contre les prétentions monarchistes et impérialistes. Le décret qu’elle avait proposé contre le péril le plus imminent avait soulevé l'enthousiasme et les cris de vive la République !
COMMISSION EXÉCUTIVE
Ce décret ne devait être présenté à la Chambre qu’après la discussion et le vote de confiance. Lamartine s’était laissé entraîner par l'émeute bonapartiste de la place de la Concorde, pendant la séance même, à devancer le moment désigné, ce qui parut donner un caractère de circonstance à un acte médité et réfléchi. Si l’effet produit en fut plus éclatant, il fut moins profond.
Le Gouvernement avait la conviction entière que la guerre civile couvait sous le nom de Bonaparte. Les incidentset les troubles de la journée lui eussent enlevé ses derniers doutes, s’il lui en était resté.
Il avait pris les précautions les plus minutieuses. Les commissaires de police les plus intelligents avaient été choisis pour veiller à la protection de l’Assemblée. Toute la police de sûreté était sur pied. Une grande force militaire avait été commandée. La place de la Révolution était gardée par un régiment de dragons et par un régiment de ligne, rangés en ordre de bataille. Un escadron de cuirassiers stationnait devant la grille du Palais. De forts piquets de la garde nationale, de la ligne et de dragons, étaient distribués sur le quai d’Orsay et dans la rue de Bourgogne. La place du Palais était entièrement occupée. Le général Négrier, questeur de l’Assemblée, le général Cavaignac, ministre de la guerre, et M. Clément Thomas, commandant général de la garde nationale, tous les trois en uniforme, étaient