‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 111 sur 243 · CHANTRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHANTRE SIXIEME

prêts à se porter là où les appelleraient les incidents.

Vers onze heures, la Commission exécutive avait ôté avisée par M. Yon de l’affluence matinale de la foule devant le Palais, sur le pont de la Concorde, et de ses dispositions séditieuses. Depuis cette heure, la foule s’était accrue, et son agitation grandissait. Elle était composée en majeure partie d’anciens militaires et de jeunes ouvriers.

Dans cette foule animée, qui s’exaltait par le contact, le nom de Louis Napoléon était dans toutes les bouches. Les partisans de sa candidature parlaient de ses droits absolus à l’admission, comme représentant, au nom du peuple qui l’avait élu ; les habiles vantaient ses richesses colossales; les vieux soldats évoquaient les gloires de l’Empire; des meneurs, vêtus de la blouse grise de l’ouvrier, expliquaient ses aptitudes socialistes. Quelque républicain égaré au milieu de cette multitude voulait-il contester, il était traité de carliste, rudement malmené, et s’il osait crier Vive la République ! on étouffait sa voix sous les cris de Vive Napoléon !

Vers deux heures et demie, la fièvre de cette masse était à son paroxysme. Les plus exaltés s’avancent sur la garde nationale, la troupe de ligne et la garde mobile. Us les provoquent par leurs clameurs. Le calme des soldats les exaspère. De toutes parts ils crient ; Vive Bonaparte premier consul! Vive Bonaparte président ! Vive Napoléon empereur!

Le général Négrier et le général Cavaignac font faire

COMMISSION EXECUTIVE

une charge au pas, dégagent les alentours du Palais, le pont de la Concorde, et repoussent la foule, qui se replie en mêlant aux acclamations bonapartistes quelques vivat pour Barbés. Sur la place de la Concorde, la masse refoulée devient de plus en plus compacte. Elle propage les rumeurs, les menaces les plus séditieuses. Il faul imposer, d’autorité, Louis Bonaparte à l’Assemblée, et, si elle résiste, faire appel aux armes ! Les meneurs circulent, pérorent, soulèvent les passions, soufflent le feu. Les cris de Vive Napoléon! Nous l'aurons! portent un défi à l’Assemblée et au Gouvernement.

Devant cette émeute, qui grossit toujours, il devient indispensable de convoquer par le rappel les légions voisines ; et bientôt accourent de nouveaux bataillons, dirigés par Clément Thomas. Ils débouchent sur la place, l’arme aux bras, font replier la foule sur les rues et répondent à ses cris de vive Napoléon par ceux de vive la République. La masse s'en prend au commandant général et le hue. C’est à ce moment, vers quatre heures un quart, qu’a lieu le déplorable incident dont M. Lamartine a fait le récit à l’Assemblée.

Ce récit, conforme au rapport de police, je le prends dans Le Constitutionnel, journal fort hostile au Gouvernement :

« La garde nationale contenait sur la place de la Concorde des masses, parmi lesquelles on remarquait des groupes de gens évidemment stipendiés. C’est du

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