CHAPITRE SIXIÈME. Î
naux qu’ils soudoyaient et distribuaient étaient de plus en plus violents et agressifs, excitant à la guerre civile.
MM. Persigny et Ferrère étaient ensemble sur la place de la Concorde, ainsi que la troupe des anciens militaires, dont M. de Persigny se disait le directeur suprême et absolu. Dans son mémoire, M. Ferrère affirme n’y être allé que comme spectateur. Il reconnaît d’ailleurs tous les faits, tout en les attribuant à des malfaiteurs inconnus, et il avoue la présence de M. de Persigny et la sienne au milieu des émeutiers :
a Ce jour-là, comme à l’ordinaire , je fus prendre M. de Persigny de bonne heure, et, après avoir fait notre tournée du matin, nous nous dirigeâmes vers la place de la Concorde ; il pouvait être trois à quatre heures de l’après-midi. Nous étions paisiblement au milieu du peuple dans la rue Royale, près le Ministère de la Marine, lorsqu’un coup de feu se fit entendre; cette détonation produisit un mouvement d'agitation dans les esprits, et au milieu des cris nous pûmes comprendre qu’on avait tiré sur le commandant de la garde nationale. Nous retournâmes tranquillement vers l'église de la Madeleine pour aller sur le boulevard, lorsque nous nous sentîmes poussés et de suite enveloppés par la masse du peuple qui venait detre refoulée de la place de la Concorde.
a Le mouvement fut si rapide que Persigny et moi nous nous trouvâmes seuls ; en nous voyant isolés, une nuée de sergents de ville fondirent sur nous. Nous courûmes vers la première porte cochère encore ouverte, celle de la maison n° 3, place de la Madeleine.. . Aussitôt
224 COMMISSION EXÉCUTIVE
notre arrivée, je remarquai un changement dans la physionomie de M. de Persigny; il me parut rêveur. Lorsque nous fûmes seuls, je lui en demandai la cause. Il me répondit : Ce n’est pas à vous qu’en voulaient ces sergents de ville, ils ne vous connaissent pas, c’est à moi. Je crains d'être arrêté... M. Persigny restait rue Saint-Georges, n° 2. Pour y aller, nous fîmes un grand détour... Personne n’était venu le demander, cela ne le tranquillisa pas ; et, dans la crainte d’une visite de police, Persigny mit les papiers qui étaienten ce moment chez lui dans deux cartons et les remit à M. Forestier, qui les emporta pour les mettre en sûreté.
« A 9 heures, nous fûmes au passage des Panoramas, au lieu de notre réunion, chez Devaux, bottier; après y être restés quelques minutes, nous prîmes le chemin de la porte Saint-Denis ; mais en sortant du passage des Panoramas, pour entrer sur les boulevards, Persigny me serra le bras et me dit à voix basse : « Je suis suivi, on ne me quitte pas, on va m’arrêter. » (Voir t. I, p. 220 des Révélations sur la propagande napoléonienne, Turin, 1863, imprimerie Falletti, rue de la Basilique.)
Cette émeute était bonapartiste, le parti napoléonien avait hautement arboré son drapeau. Le but était avoué! La menace éclatait au grand jour, en pleine place publique, à la face de l’Assemblée. Les plus récalcitrants ne pouvaient plus nier l’évidence, ni contester les assertions et les prévisions du Gouvernement. La lutte