CHAPITRE SIXIÈME
Les rapports sur la vérification des pouvoirs de Louis-Napoléon Bonaparte devaient être lus le 13 à l'Assemblée nationale. La Commission exécutive avait arrêté, la veille, toutes les mesures militaires nécessaires pour assurer la sécurité publique, et avait décidé qu'elle se rendrait à la Chambre dès neuf heures du malin et qu’elle y resterait en permanence.
A dix heures, le conseil des ministres était réuni dans un salon de la présidence de l’Assemblée.
Après avoir entendu la communication du préfet de police sur les mesures prises contre des citoyens qui ont participé aux menées bonapartistes, « ordre est donné au préfet de faire arrêter sur-le-champ les crieurs et vendeurs de brochures ayant pour titre : Cortège et arrivée de Louis Bonaparte à Paris. »
Le ministre de l’intérieur lut ensuite un rapport qu’il venaitde recevoir: «Les partisans du prince veulent former un comité secret afin d’organiser le parti. On parait avoir arrêté ce qui suit : Si l'Assemblée ne valide pas l’élection, protestation et préparation par une nouvelle élection. Si l’Assemblée a seule le droit de nommer le président de la République, protestation et demande que le président soit nommé par toute la France. »
Les membres de la Commission exécutive et les ministres se rendirent à la séance avec la pensée qu’ils trouveraient dans l’Assemblée la confirmation
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des sentiments qui s’étaient manifestés la veille. Ils ne pouvaient douter d’un vote que les émeutes de la veille et celles du jour même rendaient indispensable pour la sécurité publique. Loin de s’affaiblir par la réflexion, les convictions des représentants devaient être plus fortes, et le péril de guerre civile était assez évident pour frapper les yeux des moins clairvoyants. Le Gouvernement croyait donc à un facile succès.
Les émeutes de la veille se renouvelaient en effet, au moment même où l’Assemblée allait délibérer.
a Les désordres de la veille — dit L'Union, journal antigouvernemental, auquel je crois devoir prendre un récit confirmé par toutes les autres feuilles et par les rapports de police — se sont reproduits aujourd’hui. Il y a eu quelques collisions dans la foule ; et, à diverses reprises, des charges ont été exécutées.
« Des précautions avaient été prises de très-bonne heure pour protéger l’Assemblée nationale. Les cours et les jardins du palais Bourbon regorgeaient de troupes, et des consignes sévères avaient été données aux nombreuses sentinelles qui ne laissaient pénétrer dans l’intérieur que des personnes munies de billets.
a Des piquets de dragons et de lanciers étaient échelonnés sur le quai d'Orsay; entre chaque détachement de cavalerie était disposé un piquet d’infanterie.
« Quoique la garde nationale eût été convoquée ce