CHAPITRE SIXIÈME
matin à domicile , on ne remarquait qu’une faible partie de la deuxième légion.
« Vers onze heures, la place de la Concorde commençait à être couverte de monde. Le jardin des Tuileries présentait un curieux coup d’œil. La terrasse du bord de l’eau était complètement garnie par la multitude, et les balustrades qui entourent les fossés de la place de la Concorde servaient de piédestaux aux spectateurs les plus déterminés.
« Il y avait également une grande foule du côté des Invalides. On a arrêté en ce lieu-là plusieurs individus qui poussaient des cris séditieux. Ils ont été délivrés par une cinquantaine d’émeutiers, qui ont envahi la porte et désarmé les cinq hommes qui la gardaient.
« Des arrestations plus nombreuses étaient faites presque en même temps sur la place de la Concorde, où les cris de vive Napoléon ! se faisaient entendre.
« Un incident très-grave s’est produit à deux heures, dans la rue de Rivoli. Une bande de forcenés s'est ruée sur un gardien de Paris, nommé Savary, et l’a accablé de mauvais traitements. Elle était armée de pistolets et de couteaux.
<i Blessé à la tète et à la main, Savary, qui allait être mis en pièces, atiréson sabre, et s’adossautà un pilastre des arcades, il a cherché à défendre sa vie si lâchement menacée. On lui a enlevé son sabre. Il aurait infailliblement péri sans le courageux dévouement de M. Hallez, commandant la garde nationale de Bar-le- Duc, et celui de M. Paillet, rue Saint-Honoré, qui ont défendu le brave gardien avec un courage au-dessus de tout éloge.
COMMISSION EXÉCUTIVE
a Les dragons sont arrivés assez à temps pour prêter main-forte à ces deux honorables citoyens. Après une charge qui a duré tout au plus cinq minutes, cette foule, toute composée d’hommes en blouse, s’est dispersée dans toutes les directions. Savary a été conduit à la salle des Pas-Perdus de l’Assemblée nationale, les habits déchirés et la figure en sang. Ses blessures ne sont pas dangereuses.
« Le sabre-poignard du gardien de Parisa été retrouvé ce soir au Jardin des Tuileries ; la lame en était ployée. Les gardiens l’ont déposé au bureau des commissaires de police de l’Assemblée.
« Savary a raconté que c’est aux cris de vive Louis- Napoléon ! vive l’Empereur ! qu'il a été assailli.
a Des charges mieux organisées ont été faites à trois heures sur la place de la Concorde, qui a été entièrement balayée. Les issues en ont été gardées par les troupes de ligne et la garde mobile.
« En ce moment, quelques tentatives de barricades ont commencé dans la rue Mont-Thabor. Des charges au pas de course faites par un régiment d’infanterie légère en ont empêché l’achèvement.
« On a fait évacuer les Tuileries, et des forces considérables y ont été renfermées.
a Une espèce d’échaufTourée a eu lieu vers les quatre heures aux Champs-Elysées. Trois individus ont été arrêtés. La 3’ compagnie du 1" bataillon delà ?* légion a fourni un piquet de dix hommes pour les conduire au poste; mais trois cents individus environ se sont rués sur les gardes nationaux et ont voulu enlever les pri-