CHAPITRE SIXIÈME
« Si le Gouvernement n'a pas averti le pays à ce moment suprême ; s’il n’a pas, non plus, averti le citoyen Louis Bonaparte, la conséquence invincible aux yeux de tous les hommes de bon sens, c’est que le Gouvernement était dans la pensée du ministre de la justice, et je dois dire dans la pensée de la très-grande majorité de cette Assemblée...
« La majorité du bureau a pensé qu’il y avait eu, de la part de toutes les forces du Gouvernement, permettezmoi cette expression, émission de pensée suffisamment claire pour que les électeurs eussent pu croire que le citoyen Louis Bonaparte avait capacité suffisante pour siéger au milieu de nous.
« Voilà la question de légalité.
a Et quant à la question politique, est-ce que cette question politique n’a pas apparu, aux yeux de l’Assemblée nationale tout entière, comme aux yeux du Gouvernement lui-même , dans la délibération du 2 juin 1848? Est-ce qu’elle n’a pas été soulevée aussi expressément que possible par les paroles du citoyen Clément Thomas, que je mettais tout à l’heure sous vos yeux? Il a, au contraire, montré, d’un doigt vigilant, la personne du citoyen Louis Bonaparte ; il a dit qu’il avait conspiré deux fois ; que le citoyen Louis Bonaparte était dans une situation différente de celle des autres membres de la famille Bonaparte. Et cependant, dans sa pensée, ce n’élait pas une raison de l’exclure ; au contraire, le citoyen Clément Thomas croyait que la France devait lui ouvrir ses bras, bien entendu à la condition qu’à la frontière il déposât ses prétentions de
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souveraineté, contre laquelle le sol de la France n’aurait certainement pas besoin de prévaloir.
« Voix diverses. Il n’a pas de prétentions!...
« Le citoyen Ledru-Rollin, membre de la Commission exécutive. Je demande la parole.
« Le citoyen Jules Favre. Je disais donc que cette pensée de M. le ministre de la justice avait été celle de la très-grande majorité de l’Assemblée, qui avait cru que la République ôtait trop forte et trop puissante, qu’elle avait planté son drapeau de souveraineté d’une manière trop éclatante et trop victorieuse, pour que jamais le nom de qui que ce fût pût l’ébranler ou le renverser. (Très-bien !)...
a Vous vous rappelez les considérants qui précèdent la déclaration qui a été lue par M. de Lamartine. De ces considérants, il résulte que, dans la pensée de la Commission exécutive, il y aurait un danger, il y a même actuellement un danger considérable à la présence du citoyen Louis Bonaparte sur le territoire français.
a Eh bien, d’une part, la majorité de votre bureau n’a pas cru que cette pensée de la Commission exécutive fût suffisamment claire; et, de l’autre, elle n’a pas cru davantage que cette pensée pût un instant jeter dans vos esprits de légitimes inquiétudes, en présence surtout des faits que j’ai eu l’honneur de porter à votre connaissance...
« Oui, ce que nous voulons tous, sansexception, c’est la fondation d’une République populaire qui soit tellemeut forte, tellement puissante, que tous les projets