CHAPITRE SIXIÈME
« Le'citoyen Louis Bonaparte en France n’y sera rien qu’un citoyen ; le citoyen Louis Bonaparte, repousse au contraire par votre vote, sera rejeté dans sa qualité de prétendant, cl il repassera la mer avec quelques centaines de mille de suffrages des électeursqui, jusqu’à un certain point, lui donneront une sorte de légitimité. (Béclamations nombreuses.)
« Voilà le danger que je veux éviter, voilà la politique à laquelle je ne veux pas m’associer. Cette pensée, messieurs, elle a été celle de la majorité de votre bureau; et, en conséquence, j’ai l’honneur de vous proposer l'admission du citoyen Louis Bonaparte, sauf, bien entendu, les justifications que l’Assemblée est en droit de lui demander sur son âge et sur sa nationalité...
« Le citoyen Bûchez-, rapporteur du 10 e bureau. Citoyens représentants, je suis rapporteur du 10« bureau ; la conclusion du 10° bureau est absolument le contraire de la conclusion qui vient de vous être apportée à la tribune.
« Nous sommes d’avis de ne point admettre le citoyen Louis Bonaparte dans l’Assemblée.
« Nous avons des motifs de cette décision : jugezvous que ce soit le moment de les exposer? (Oui! oui ! — Interruption.)
a Nos motifs, les voici : ...
« Avant la réunion de l’Assemblée nationale, lorsque le Gouvernement provisoire remettait ses pouvoirs, en quelque sorte, entre les mains de la nation, en l’appelant à élire les représentants, il n’y avait aucune règle
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à établir, autre que celle de la liberté même, qui pouvait assurer la liberté de l’élection. Celte liberté a été complète ; la nation a manifesté sa pensée d’une manière complète par les hommes qu’elle a désignés. Nous nous sommes réunis ici, et nous avons examiné nos pouvoirs. Tous les hommes qui se sont présentés le premier jour ont tous acclamé la République, tous nous l’avons proclamée; tous nous avons été reçus, proclamés nous-mêmes avec cette qualité, non-seulement de Français, mais de citoyens français, acceptant et nous dévouant à une forme de gouvernement que nous choisissions nous-mêmes. Parmi ces citoyens se sont trouvés les citoyens Bonaparte. Les citoyens Bonaparte ont fait comme nous ; ils ont proclamé la République ; ils ont loyalement exprimé leurs sentiments; ils se sont joints à nous ; et enfin, lorsque l’Assemblée nationale a reconnu ses pouvoirs, il n’y a eu parmi nous qu’un seul sentiment, une seule pensée, un seul but, celui de fonder cette République sur des institutions solides et sages.
a La preuve que l’Assemblée a pensé ainsi, c’est qu’il a paru nécessaire, pour détruire les effets de la loi de 1832, de présenter un projet nouveau. L’Assemblée n’a pas refusé ce projet, l’Assemblée nationale ne s'est pas prononcée, elle a encore à se prononcer.
« Mais, depuis le 2 juin, les événements ont bien changé. Ce n'est plus maintenant un citoyen qui se présente. C’est un prince Louis Bonaparte. (Non ! non ! — Si ! si !)...
« Votre bureau a considéré que l’élection de Louis