‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 127 sur 243 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

Louis Bonaparte on ait élu le prince de Joinville ou Henri V (Exclamations diverses), qu’ils eussent réuni le même nombre de voix ; accepteriez-vous ces prétendants?

« Un représentant. Il y a une loi contre eux !

« Le citoyen Bûchez. Laissez donc! Nous faisons de la politique. (L’agitation continue.)

« Je répète, citoyens, ce que je disais. Faites celte supposition, qu’il s’agisse d’un autre nom, de Henri V, du duc de Nemours, du prince de Joinville, assurément vous vous croiriez le droit de ne pas reconnaître cette élection comme valable.

« Le citoyen Vieillard. Il y a une loi contre eux.

« Le citoyen Bûchez. Je ne demande pas des interruptions ; je vous prie de me laisser parler.

a Pouvez-vous douter qu’il s’agisse ici d’un prétendant? (Bruit général.)

« Pouvez vous douter, dis-je, qu'il s’agisse ici d’un prétendant, lorsqu’il s’est présenté deux fois, non pas pour renverser un gouvernement qui pesait sur la F rance mais pour réclamer l'Empire en son nom, en vertu d’un sénatus- consulte ancien, comme étant l'héritier direct du trône impérial ? (C’est cela !) N’est-il pas vrai encore que, dans ces derniers temps, les cris qui l’ont salué n'ont pas été ceux par lesquels on salue l’élection d'un simple citoyen? ces cris étaient mêlés avec ceux qui rappelaient l’Empire ; n’a-t-on pas crié vive l’Empereur ? Et si nous n'avons aucuns renseignements que ceux que nous avons reçus en ouvrant les oreilles et en ouvrant les yeux, n'est-il pas évident, si nous

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avons voulu regarder, qu’en effet il s’agit ici d’un prétendant ?

a Or, votre bureau n’est pas venu vous demander de casser l’élection d’un citoyen ayant proclamé la République ; et si Louis Bonaparte avait voulu la proclamer, s’il avait voulu la reconnaître, il en a eu le temps ; il pouvait le faire avant les élections. (C'est cela !) Il a pu le faire depuis; il n’est pas venu un mot de lui. Ce n’est donc pas un citoyen qui a proclamé la République dont nous vous proposons d’annuler l’élection ; non, c’est un prétendant.

a J’ajoute: Voulez-vous couvrir du bénéfice de votre irresponsabilité, en quelque sorte du bénéfice de la souveraineté qui s’attache à vous tous, et qui vous garantit contre l’action ordinaire de la loi, voulez vous en couvrir un prétendant?

« Vous dites que vous pouvez le recevoir ici. Oui, mais il sera accompagné de l’acclamation populaire, qui le grandira tous les jours. (Rumeurs confuses.)

« Permettez, citoyens : on a dit que, s’il arrivait à la tribune, il tomberait dans le niveau ordinaire ; mais, citoyens, êtes-vous certains qu'il montera à cette tribune ? Si, en effet, ce que je ne dis pas, mais si, en effet, il avait quelques projets... (Le bruit couvre la voix de l’orateur.)

« Le citoyen président. Je rappelle encore une fois l’Assemblée au silence.

« Apprenons donc tous que le respect pour laliberté de la tribune consiste à écouter les objections mêmes contre lesquelles nous croyons avoirquelquechoseàdire.

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