CHAPITRE SIXIÈME. ïMi
qui sort du commun... (Nouvelle interruption), un homme qui, s’il se maintient dans la ligne où tout républicain sincère, tout citoyen honnête doit se maintenir, pourra être un danger pour les Commissions exécutives, j’en suis convaincu, mais qui n’en sera peut-être pas un pour le pays... (Oh ! oh !), un homme qui perce dans la foule où nous nous trouvons, le pays a fait quelque chose qui peut parfaitement se défendre (Mouvements divers), et que, pour mon compte, je trouve bon. (Agitation extrême.)
« Il n’y a pas de conspiration dans Paris, il n'y a pas de conspiration dans les départements; mais est-ce à dire qu’il ne pourrait pas y avoir d’émeute? Citoyens, je ne crois pas à la conspiration; mais je tremble que, si vous n'avez pas le courage de maintenir la souveraineté nationale, si vous n'avez pas le courage de vos sympathies en recevant dans votre sein l’héritier de Napoléon... (Exclamations et cris à l'ordrel — L’agitation est à son comble.)
« Un membre. Le. pays n’est ni le patrimoine ni l’héritage de personne.
a Le citoyen président. Avant que l’orateur continue, le président croit exprimer le sentiment unanime de l’Assemblée, en demandant que l’orateur explique, après quoi le président fera ce qu’il devra, les paroles qu’il vient de prononcer : l'héritier de Napoléon.
« Le citoyen Fresneau. Je ne croyais pas qu’il pût y avoir de doute sur le sens de ces mots : « l’héritier de Napoléon, » c’est-à-dire l’héritier de son nom ; vous ne pouvez pas lui enlever cet héritage. Mouvements en
COMMISSION EXÉCUTIVE
sens divers.) Quant à l’hérédité de l’Empire, elle n’existe pas.
a Je n’ai plus qu’un mot à vous dire.
« Il est tellementconforme à la liberté, à l’esprit qui existe à la fois dans notre constitution républicaine à faire et dans l’esprit de la nation, d'admettre tout ce qui est légitime, que certes les sympathies pour la famille impériale peuvent se produire librement. C’est ce qu’a fait le pays; il vous a envoyé un descendant de l’Empereur, parce qu’il aime l’Empereur (Agitation); le pays vous l’a envoyé en toute confiance, parce qu’il a foi dans sa souveraineté. (Interruption.)
a Je n’ai plus qu’un mot à dire.
« Vous avez parlé de conspirations, vous nous avez évoqué des fantômes auxquels je ne crois pas. Je vous dis que je ne crains pas, dans ma conviction, une émeute aux cris de Vive Louis-Napoléon ! vive le citoyen Napoléon I mais je craindrais une émeute au cri de Vive la souveraineté du peuple! (Interruptions diverses. — A l'ordre!)
« Le citoyen président. Expliquez encore votre pensée,
« Le citoyen Fresneau. Je craindrais une émeute, je le répète, au cri de Vive la souveraineté du peuple I si ce principe était méconnu... (Nouvelle interruption. — A l'ordre!)
a Le citoyen Clément Thomas. Mon nom a été fatalement mêlé à la discussion qui nous occupe.
« Une voix. Pourquoi fatalement?
ï Le citoyen Clément Thomas. Je n’étais pas à l’Assemblée au moment où M. de Lamartine, sous l’iin-
CHAP1TKK si XI KM K.
pression (les rameurs du dehors, est venu vous raconter des faits qui ont produit parmi vous une vive impression....
a J’étais occupé à faire évacuer la place de la Concorde, qui était envahie par une masse de peuple animée, je dois le dire, de sentiments qui paraissaient assez peu favorables à l’Assemblée et à l’ordre. J’ai reconnu, dans les groupes qui se trouvaient en présence des bataillons, les mêmes hommes que mon service me force à rencontrer tous les jours à la porte Saint-Denis et àla porte Saint-Martin. J'ai d’abord dirigé des colonnes sur les groupesde manière à lesfaire reculer aveccalme, je dirai même avec ménagement. Des vociférations sont parties du milieu de cette foule, et, au moment où je marchais moi-même devant ces lignes, un coup de feu est parti. A-t-il été dirigé contre moi? je n’en sais rien ; était-ce le résultat d’un accident? c’est possible; mais un capitaine de la première légion, qui se trouvait auprès de moi, a eu la main traversée par une balle, ou, du moins, la phalange du doigt grièvement blessée....
« Le citoyen Repellin.... Nous sommes sous le coup d’événements qui nous pressent, événements flagrants, d’événements qui datent d'hier.... (C’est vrai!)
« Citoyens, je ne suis pas à une tribune impériale, je ne viens pas défendre ici l’intérêt d’une dynastie, mais l’intérêt de la République. (Très-bien! Parlez.) Or, au point de vue politique, est-ce qu’il est de notre devoir de faire ici du sentiment, de la générosité? Quoi donc 1 le Gouvernement, alors que les derniers événe- II. 17
COMMISSION EXÉCUTIVE
uicnts n’étaient pas accomplis, le Gouvernement, après que plusieurs aunées s’étaient écoulées, depuis les jours de Strasbourg et de Boulogne, le Gouvernement a cru nécessaire, dans l’intérêt de la Képublique, dans l’intérêt de son pouvoir, d’appliquer la loi de 1 832 aux Bonaparte ; et vous voudriez que, dans les circonstances actuelles, quand le nom du citoyen Louis Bonaparte est devenu, pour les factions qui conspirent contre la République, uu drapeau, une arme de guerre, et de guerre civile ! vous voulez que le Gouvernement soit désarmé devant ces éventualités ! Ce serait lui demander son suicide, ce serait tuer la République. (Réclamations)....
« On a parlé d’une lettre de laquelle il résulte que le citoyen Louis Bonaparte protestait, même il y a quelques jours, de son désir de demeurer étranger à la politique, do ne pas venir en France y créer un embarras à la République. Je veux bien respecter l’intention, je veux bien croire et admettre que Louis Bonaparte ne songe pas à conspirer contre l’état de choses. Mais qui vous dit, et qui oserait venir affirmer à celte tribune que, si les mouvements tumultueux qui s’accomplissent dans la rue au nom de Vive l’Empereur! que si ces mouvements prenneut de la consistance, et que si un jour ces mouvements viennent à acclamer Louis Bonaparte dictateur ou empereur... (Allons donc ! — Interruption.) Permettez... Je vous demande s’il n’est pas vrai, et s’il y a un de vous qui puisse dire qu’il ne se rencontrera pas ici et partout enfin bien des gens pour excuser ce 18 brumaire, et pour le colorer d’un