‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 133 sur 243 · CHAPITRE SIXIÈME. 2<SI · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. 2<SI

ne les crains pas. Et quelles seraient donc les prétentions du neveu de l’Empereur? J’ignore ce qu’il veut, ce à quoi il aspire ; mais il serait vraiment bien peu digne du bruit qu’on fait autour de son nom, s’il s'imaginait qu’aujourd’hui l’Empire est à refaire.

« Napoléon a été grand, parce qu’il a fait la nation française la première nation de l’humanité ; parce que son glaive a été comme le fil conducteur des idées démocratiques qui ont envahi le monde. Ce qu’il a voulu comme despote, c’est ce qu’il n’a pas pu établir. Il n’est resté de lui que ce qui devait rester : la propagation des idées républicaines par les armes et par la guerre. Mais l’Empire, qui a vécu par la guerre, ne pourrait plus aujourd’hui se continuer par la guerre, parce que, de même que les rois, les guerres, à mesure que nous allons, deviennent impossibles ; le monde va évidemment du côté de la paix. Voilà pourquoi l’Empire n’a pas pu se maintenir ; et, s’il avait pu se maintenir, il aurait été maintenu par celui qui l’avait fondé.

« Eh bien, qu’avons-nous vu, et que nous apprend l’histoire? Cethomme avait dit: «Je fonderai une dynastie ; mon sang, devenu royal, se perpétuera dans mes descendants; et, après avoir maîtrisé la France, moi vivant, je la maîtriserai aussi, moi mort. »

« Cependant, où est l’histoire des héritiers directs de ce fondateur d’une dynastie qui ne devait pas périr ? Cette histoire aujourd’hui est contenue dans une épitaphe ; et lui-même, c’est parce qu’il n’a pas pu ce qu’il a voulu, comme fondateur de dynastie, comme fonda-

COMMISSION EXÉCUTIVE

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leur d’empire, qu’il est allé mourir sur un rocher, où, suivant une grande parole, on l’apercevait de toute la terre.

« Non ! l’Empire ne sera pas refait, parce que le temps des empereurs et des rois est à jamais passé ; l’Empire ne sera pas refait, parce que la monarchie constitutionnelle elle-même, qui était une transaction avec des préjugés gothiques, avec des idées qui ne ressusciteront plus, parce que la monarchie constitutionnelle ellemême est morte de sa propre impuissance, de sa propre pourriture. On ne l’a pas renversée : elle est tombée par l’impuissance où elle était de se tenir debout.

a Eh bien, coque la monarchie constitutionnelle n’a pas pu, l’Empire ressuscité le pourrait-il davantage? Et avec qui? avec un homme qui viendrait en proposer la résurrection ? Avec quoi ? avec des villes prises, avec des batailles gagnées, avec de la gloire conquise? Non ! pas le moins du monde ! Avec un nom ! Mais il viendrait faire concurrence avec un nom à une République qui est précisément la grande victoire de la raison humaine et de l’égalité sur leprestigedesnoms,surlerespect imbécile des majestés de convention ? Qu’il vienne donc faire concurrence àl’égalité. Dans un plateau delà balance, mettons cette égalité que nous avons conquise, cette égalité que nous fonderons malgré tout, et que dans l’autre on jette un nom, quelque éclatant qu’il soit, et nous verrons de quel côté penchera la balance.

« Pour moi, je ne redoute pas celte expérience, et si je la redoutais, je croirais manquer de respect à la République.

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