‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 136 sur 243 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

battent s’ils veulent se rendre responsables d’une seule goutte de sang versée au nom de l’Empereur. Prévenir pour conjurer des malheurs probables, telle est notre pensée. (Très-bien ! très-bien !)

« Non , la République n’est pas perdue. Vousmèmes qui nous blâmez, je vous adjure, mes amis, car parmi vous il y a de mes amis, je vous adjure d’y bien réfléchir ; vous nous parlez au nom de la souveraineté du peuple, ah! vous nous avez touché le cœur ! Vous nous dites de repousser les lois de proscription, oui ! vous nous avez touché le cœur!

a Mais avant tout nous sommes des hommes d’Etat, nous ne pouvons pas nous laisser guider seulement par des sentiments, nous avons à maintenir l’ordre et la sécurité de la France, nous voulons faire notre devoir, et nous disons, en présence de ces principes que vous invoquez et qui sont les nôtres, nous disons : L’émeute sévit, on s’est battu hier, on peut se battre ce soir, cette nuit; une loi existe, pourquoi ne l’exécuterionsnous pas?

« Et nous ajoutons : La loi de 1832 prononçait contre la famille de Napoléon une éternelle proscription. Que venons-nous vous demander, ou plutôt que vient demander le citoyen Degousée? Que cette loi soit exécutée provisoirement. Et ce n’est point une amélioration! Comment! on avait proscrit à jamais ; et nous nous venons demander, en présence de dangers, l’exécution provisoire seulement, c’est-à-dire pour un temps limité 1

a Et vous dites, citoyens, on dit du moins à côté de

COMMISSION EXÉCUTIVE

vous : Le citoyen Louis-Napoléon est étranger à toutes ces manœuvres. Il y est étranger! tout le monde l’a dit, excepté lui... (C’est vrai ! c’est vrai !)

« Une voix. Il n’a pas eu le temps de répondre. a Le citoyen Ledru-Rollin. Deux fois il a été prétendant, deux fois il a parlé au nom des droits héréditaires de l’Empire. Eh bien ! depuis qu’il est nommé, est-il venu dire : Je m’incline devant la République? Je conserve comme traditions les souvenirs de gloire de mon oncle; mais il y a quelque chose de plus grand que lui, c’est le pays qui l’avait élu. (Bravo ! bravo !) Je m’incline devant celui qui a couronné mon oncle, devant le peuple souverain, et je mourrai simple citoyen de la République que cj peuple a glorieusement fondée. (Applaudissements.) A-t-il dit cela?

o Une voix. Il le dira.

a Le citoyen Ledru-Rollin. Qu’il le dise, s’il le juge convenable, et alors votre loi, qui n’est qu’une exécution provisoire, pourra être modifiée (Très-bien! trèsbien !); car vous êtes tout-puissants, car vous êtes souverains, car vous pourrez dire demain que le danger a passé, que l'orage s’est évanoui, et que la proscription doit cesser; vous pourrez le dire demain.

« Citoyens, je n’ajoute plus qu’un mot : Que ceux qui, au dehors, se servent de ce moyen pour troubler la rue, s’ils sont de véritables et de sincères républicains, croient bien que la loi de proscription, ce n'est pas par l’émeute, par le sang, qu'ils la feront rapporter; vous ne céderez pas à la crainte. (Non ! non !) C’est, au contraire, par la tranquillité, par le respect, par l’observa-

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