‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 139 sur 243 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

« Je termine en vous disant qu’une des considérations qui m’ont le plus touché dans les paroles de l’honorable M. Ledru-Rollin, et qui est allée droit à mon cœur, c'est celle-ci : que nous ne devons pas, que nous ne pouvons pas, même au nom d’un principe, engager l’éventualité d’une guerre civile dans laquelle le sang français coulerait.

« Messieurs, au bout des décisions des hommes politiques, il y a toujours ce que Dieu seul connaît et ce qui échappe à la faiblesse humaine, je veux dire l’imprévu

« La véritable sagesse, c’est de le regarder avec fermeté, sans sortir des véritables principes, en ne prenant conseil que de la décision de son cœur ; et toujours, quand on agit ainsi, l’imprévu est résolu en voire faveur.

« Vous dites que la guerre civile est possible avec le vote qui admettrait le citoyen Louis Bonaparte; mais vous n’avez pas remarqué qu’elle le serait également avec un vote contraire (Dénégations et rumeurs diverses); que, s’il arrivait que lesélecteurs persistassent dans leur choix après l’annulation de l’élection du citoyen Louis Bonaparte, et qu’une nouvelle élection voulût le renvoyer à l’Assemblée, et qu’alors des factieux, car ce seraient certainement des factieux, s’emparant non plus seulement de son nom, mais de la volonté des électeurs, vinssent avec ce drapeau engager une lutte dans laquelle la dignité de l’Assemblée nationale se trouverait compromise, alors vous regretteriez un vote qui aurait établi un si déplorable malentendu !

COMMISSION EXÉCUTIVE

a Des deux côtés, encore une fois, il peut y avoir des périls ; mais la sagesse des hommes d’Etat est de les prévoir, et, s’il vous est démontré que ceux dont a parlé la Commission exécutive sont exagérés, que le nom du citoyen Louis Bonaparte a été exploité, sans que cependant on puisse saisir un indice qui l’accuse, comment, en présence de tout ce dont nous avons été les témoins, déclareriez-vous que le citoyen Louis Bonaparte est pour cela seul présumé coupable? (Non! non! Il ne s’agit pas de cela!) Est-ce que nous n’avons pas vu les noms des hommes les plus honorables (Interruption nouvelle), les noms des membres mêmes de la Commission exécutive écrits par les factieux sur une liste?... (Exclamations diverses.) Eh ! oui, nous l’avons vu; et je le comprends, parce que c’est là le procédé le plus habituel des factions.de profaner et de souiller les plus beaux noms, et de s’entourer des popularités les mieux acceptées. Et je vous dis qu’il est impossible, sur une simple fiction, sur une insinuation, lorsque rien n’est prouvé, de décréter, par une mesure de suspicion, qu’un représentant du peuple ne sera pas admis. (Mouvement en sens divers. — Aux voix ! aux voix !)...

« Le citoyen Bûche*... Au nom du bureau dont je suis rapporteur, je maintiens la proposition d’annulation ; mais, au nom de plusieurs représentants, qui ne peuvent monter à cette tribune, attendu qu'ils ne sont pas rapporteurs, je me suis chargé de vous apporter une proposition nouvelle, qui est d’ajourner votre décision. (Non ! non ! — Agitation!)

« Permettez-moi de finir ma phrase!... d'ajourner

Page 1