CHAPITRE PREMIER
n’avait jeté aucun trouble dans cette entente. Chaque membre de la Commission avait le sentiment de la solidarité. Les difficultés du pouvoir dominaient les quelques divergences d’opinion qui pouvaient surgir, mais que chacun s'efforcait d'effacer aussitôt.
La présidence du Conseil avait été conférée àM. François Arago, qui dans l’Assemblée avait obtenu le plus de suffrages ; et malgré la pensée que cette présidence seraitdévolue de droit, chaque mois et tour à tour, à un autre membre de la Commission, le mois écoulé, elle lui fut maintenue, sans même que l’on songeât à la lui retirer.
Afin de conserver cet heureux accord et d’écarter toute cause de trouble même imprévue ou involontaire, il était indispensable que les discours et les votes des membres du pouvoir exécutif dans l’Assemblée ne fussent pas contradictoires. La contradiction était possible, facile même, si l’un d’eux, en l’absence de plusieurs de ses collègues, se voyait contraint d’improviser, séance tenante, une réponse à l’interpellation inattendue d’un représentant. On n’eût pas manqué d’en conclure l’existence de divisions qui n’existaient pas. Déjà la Commission avait rédigé et déposé un décret qui la dispensât de la présence obligatoire aux séances et d’une réplique immédiate aux questions adressées individuellement; et les membres de la Commission avaient pris entre eux — 17 mai — l’engagement de ne pas voter dans les discussions de l’Assemblée nationale.
Ces précautions n’étaient pas inutiles. Chaque jour, les partisans des anciennes monarchies et les fauteurs de
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discorde faisaient circuler de nouvelles rumeurs surdos déchirements intérieurs du pouvoir exécutif. Malgré leur évidente et perfide fausseté, ces rumeurs gagnaient jusqu’aux journaux les plus sérieux.
Les Débats disaient : a Le bruit courait, ce soir, qu’une scission grave avait éclaté entre les membres du pouvoir exécutif depuis les événements du 15 mai, et qu’ils croyaient ne plus pouvoir diriger ensemble les affaires du pays, d
Le Siècle rendait compte des bruits qui circulaient sur la déclaration de la Commission du gouvernement et concluait ainsi : « Pauvre pays! combien de temps encore sera-t-il en agitation et pour de telles causes? » L'Union ajoutait : « Il est constant que la Commission exécutive n’est pas homogène, mais au contraire divisée en deux camps parfaitement tranchés. »
On allait plus loin, jusqu’à la calomnie : on ne se bornait pas à nier l’énergie si loyale de MM. Lamartine et Ledru-Rolliu dans la répression du 15 mai, on insinuait qu’ils étaient disposés, en se rendant à l'Hotel de Ville, à accepter de la foule insurgée la dictature.
Après d'aussi violentes attaques, le silence n’était plus permis. Le Moniteur parla : « Depuis quelques jours, les hommes qui tendent évidemment à exciter des désordres se plaisent à répandre dans le public des bruits alarmants. La justice veille sur ces machinations, elle saura les saisir et les désarmer; le public doit se mettre en garde contre cette tactique, qui n’est pas nouvelle.
« On dit, on redit partout que la Commission du