CHAPITRE SIXIEME
L'i nion : « 1, 'Assemblée nationale a sagement agi en admettant M. Louis-Napoléon Bonaparte...
« Elle a porté le coup de mort à la Commission du Gouvernement. Elle pourra agoniser peut-être, elle ne s’en relèvera pas...
a M. Ledru-Rollin a parlé d’une vaste conjuration, d’une garde impériale recrutée à grands frais par les factieux. 11 a menacé d’une guerre civile imminente. Paroles perdues, avertissements inutiles : la Chambre avait déjà formé sa résolution... »
Les Débats : « Nous serions assez embarrassés de déterminer les motifs qui ont entraîné le vote de l’Assemblée, et nous croyons que l’Assemblée aurait au moins autant d’embarras à les déterminer elle-même. Elle a toujours l’air, qu’on nous passe le mot, de commettre un péché quand elle accorde un vote de confiance au Gouvernement, et le lendemain elle se frappe la poitrine et fait acte de contrition. Hier elle lui demandait de l’énergie et de la résolution, aujourd'hui elle le laisse se tirer d’alTaire comme il le pourra. Nous n’avons jamais mieux compris combien il est difficile de gouverner, et le Gouvernement lui-même doit être de notre avis.
« ... La présence de Louis-Napoléon était-elle ou n’était-elle pas un danger pour l’ordre de choses existant? L’Assemblée a jugé que non. Il y a désormais un Français de plus et un prétendant de moins ; nous le voulons bien. Nous ne sommes pas obligés de montrer plus de sollicitude pour la République qu’elle n’en montre elle-même; et quant au Pouvoir exécutif et au
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ministère, nous ne pouvons pas regarder comme une affaire personnelle les échecs et les tribulations qu’ils subissent. »
L'Assemblée Nationale: « Une lettre de Louis Bonaparte, écrite dans l’épanchement d’une bonne et sincère amitié, a été lue à la Chambre (par M. Vieillard) pour qu’elle ne pût pas dou'er de sa loyauté et de ses sentiments du patriotisme qui l’anime... La grande voix du peuple a parlé... la Commission exécutive, née ellemême de la souveraineté populaire, a voulu, suivant l’expression du plus éloquent de nos maitres, mettre la main sur la bouche du pays et opposer un imprudent vi to à cette manifestation de la volonté de la nation. C’était là une audacieuse inconséquence dont elle a déjà porté la peine. Le peuple ayant dit : Je le veux ! il était impossible que l’élu ne vînt pas s’asseoir à côté des trois Bonaparte, ses proches par le sang et par l'exil. j>
L'Univers religieux déclare que repousser Louis Bonaparte serait une faute, et que le vole d’admission a été accueilli avec joie par la population.
La Presse : « Nous savions bien et nous avons dit souvent que les républicains de la veille, ces heureux qui ont toujours à la bouche les mots de liberté, de fraternité, d’humanité et de générosité, étaient au fond pour la plupart des esprits étroits et exclusifs... Ils sont pires encore que nous ne l’avions supposé.
« Il s’agissait, aujourd’hui comme hier, de Louis Bonaparte, de ce spectre de Banco, qui de si loin trouble incessamment leur sommeil. Ce n’est pas seu-
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lement un homme qu’ils veulent proscrire, c’est toute une époque. »
La Liberté : «Louis-Napoléon Bonaparte, Français comme nous, citoyen comme nous, et l’un des héritiers du nom le plus glorieux et le plus populaire, pourraitil être privé de la patrie commune et relégué chez les nations étrangères, que l’empereur a vaincues si souvent?
« Le nom de Napoléon, si grand, si beau, qui jette tant de gloire sur la France, pourrait-il devenir un titre de proscription?
«... Louis-Napoléon, eùt-il commis vingt fautes et autant de délits anti-monarchiques, avait, pour racheter les unes et les autres, le souvenir de son oncle immortel : c’est-à-dire trois victoires par faule, et, pour le reste, la mémoire de travaux miraculeux, d’une probité antique, d’une administration austère et du sentiment le plus développé de l’égalité bien entendue. . . »
Le National : « ... Prendre pour motif déterminant d’un choix électoral, non les mérites personnels, mais les mérites des aïeux, qu’est-ce donc devant le bon sens, sinon s’éprendre d’un vain son, voter des syllabes vides de toute signification présente et réelle, choisir un souvenir, se faire représenter par le passé, donner un mandat dérisoire à nous ne savons quel néant? Les termes manquent pour caractériser un nonsens semblabe.Mais le prince Louis a été nommé par les électeurs, etson élection a été validée par l’Assemblée, soit. Nous ne sommes pas fâchés de voir eonsta-
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ter une fois de plus la fable des hûlovs flottants...
« L’Assemblée a cru pouvoir déroger à la loi. Dès lors la responsabilité de la Commission exécutive est dégagée. Le vote ne saurait avoir d’autre sens, d’autre porlée. Ajoutons que l’immense majorité de l’Assemblée, qui avait hier donné une marque éclatante de sa confiance au Gouvernement, n’a pas attaché à sa décision relative au prince Louis une autre signification. Nous croyons traduire aussi fidèlement la délibération d'aujourd’hui.
« Les ennemis de la République, les plus opposés dans leurs opinions respectives, semblent vouloir adopter momentanément le prince Louis-Napoléon pour drapeau commun. Plusieurs journaux improvisés depuis deux jours sont distribués gratis dans Paris, parmi lesquels on en reconnaît dont le titre seul est changé, et qui n’ont fait que troquer subitement le drapeau rouge contre l’aigle impérial. . . »
La Réforme ■ « Encore une journée fatale, encore un vote qui frappe la République et la Révolution, sa mère. La triste échauffourée du 15 mai nous avait donné la réaction, aujourd’hui c’est la guerre civile qu’on nous prépare, et nous n’altendrons pas longtemps.
«... On nous dit bien que le prince Louis-Napoléon est un franc républicain... mais tous ses actes passés sont des actes de prétendant à des proclamations d’Empire.
« Il ne sera point dangereux, dites-vous, quand il vivra simple citoyen, au milieu de la famille française.
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Nous l’écraserons à la tribune par la force de nos arguments et la puissance de nos phrases. — Vous vous trompez jusqu’à la niaiserie, car vous n’éles pas complices. Est-ce que vous ne savez pas que les intérêts, quand ils souffrent, adoreraient le gendarme? Est-ce que vous ne savez pas que tous les privilèges des temps passés conspirent?... Est-ce que vous avez oublié que nous sortons de toutes les servitudes, et que dans nos mœurs, dans nos lois, dans nos administrations que vous avez respectées, vivent encore les idées fausses et les habitudes prosternées?
« ... Un nom s’est offert, des ambitieux déçus et des ennemis y ont vu un drapeau pour abattre l’ennemi commun. . . »
Le Peuple Constituant : « . . . Que dire enfin de ces quelques insensés qui versaient naguère leur sang pour conquérir la République, et qui, trois mois après, font entendre ce cri fatal de vive l’Empereur!
«L’Empereur! et quel Empereur! Louis Bonaparte, le Suisse, le constable, l’homme sans passé et sans avenir. »
La Vraie République : « Les napoléoniens s’opposent directement à la Commission exécutive et demandent qu’elle lui cède la place.
« Dans une telle position, obliger la Commission exécutive à la retraite, ou accepter sa démission, c’est ouvrir à l’ambition du prince et à ses amis la porte toute grande. . . »
Le Représentant du Peuple: « Le citoyen Louis Bonaparte a été admis malgré ses antécédents impé-
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rialistes, malgré sa qualité officielle de prétendant, malgré sa conspiration flagrante, malgré les aveux formels de ses partisans.
« Il a été admis comme il a été élu, non pas parce que républicain, mais parce que prince, parce que neveu de l’Empereur, parce qu’il porte en lui l'espoir d’une présidence dynastique, d’une monarchie constitutionnelle.
« Il a été admis par les légitimistes, prêts à troquer leur Henri V contre Napoléon, pourvu que la monarchie revienne, pourvu que la République périsse; — par les républicains du lendemain, plus dynastiques que jamais, et dont l’intrigue ne se déguise plus; parles républicains bleus, qui avaient à satisfaire une rancune de personnes; par les républicains rouges, qui sont venus poignarder la République, par générosité chevaleresque; par les républicains gris, que rien n’obligeait à se montrer plus difficiles que les bleus et que les rouges. »
Puis, donnant un démenti énergique au Constitutionnel, qui prétend que les démocrates socialistes couvrent leurs manoeuvres et leurs complots du nom de Louis Bonaparte, il ajoute : « Le Constitutionnel sait bien que si quelqu’un spécule sur le Bonaparte, c’est lui et ses amis, et non pas les démocrates socialistes... "M. Thiers, et ses amis les dynastiques, ont voté pour l’admission de Louis Bonaparte, M. Proudhon a volé contre. »
Le Tocsin des Travailleurs, par Emile Barrault: « La conspiration est sérieuse. Si le nouveau représentant