‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 146 sur 243 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Le Gouvernement était informé, jour par jour, heure par heure, des démonstrations publiques et des manœuvres secrètes du bonapartisme. Il les signalait; et on ne voulait pas le croire. Les représentants, en traversant les abords du Palais, avaient vu les agents de l’émeute, ils avaient entendu leurs cris de vive l’Empereur! et ils ne croyaient ni leurs yeux ni leurs oreilles, et ils accusaient le Gouvernement d’exagérer les faits. Ce n’étaient pas, disaient-ils en raillant, et les journaux monarchistes le répétaient après eux, ce n'étaient pas trois coups de fusil, suivant les assertions de M. Lamartine, qui avaient été tirés sur la garde nationale, mais un coup de pistolet, un seul coup, parti par hasard ou par maladresse. Quant aux clameurs, aux tentatives de barricades, quant aux affiches, aux distributions de médailles et d’argent, ils n’y voyaient que des faits insignifiants, sans importance, simple et naturel résultat de l’effervescence générale, et comine le Gouvernement, qui respectait le secret des lettres, ne pouvait leur produire les preuves écrites des complots qui se tramaient, ils les niaient; et lorsque ces complots se manifestaient aux portes Saint-Denis et Saint-Martin, sur la place de la Concorde, devant l’Hôtel-de-Ville, sur les quais, sur les boulevards, ils accusaient le Gouvernement de n’avoir pas la force de les réprimer.

m COMMISSION EXÉCUTIVE.

Le soir de ce vote, la Commission exécutive se réunit.

MM. Ledru-Rollin et Lamartine expriment aussitôt leur intention de se retirer. Ils sont las des attaques et des calomnies qui les assiègent. Tous deux, ils ont soutenu la discussion parlementaire. Ils sont donc tous deux personnellement engagés dans la question; plus que leurs collègues, ils se sentent atteints par le choc.

MM. François Arago et Marie sont disposés à les suivre.

M. Garnier-Pagès réclame la solidarité entière pour ceux qui n’ont point paru la tribune. Lui, aussi, il les suivra dans leur retraite, s’ils persistent. Mais il pense qu’il n’est pas permis à la Commission exécutive de se démettre en face des dangers que court la République et que le vote de l’Assemblée vient d’accroitre. Plus le péril est grand, plus grand est le devoir! Les fondateurs des institutions républicaines et du suffrage universel ne peuvent pas les abandonner, les livrera leurs adversaires.

Lamartine insiste. Il reconnaît la vérité de ces assertions; « mais, dit-il, nous ne devons point nous bercer d’illusions. L’Assemblée, dans laquelle nous sommes faibles, nous enlève notre force. Elle nous lie les bras, et elle nous reproche notre impuissance; elle nous dit de marcher, et elle nous arrête. Nous la défendons, elle

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