‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 148 sur 243 · CHAPITRE SEPTIÈME. Sft · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME. Sft

attaquée de toutes parts, a d’ailleurs plus que jamais besoin d’être défendue, et les membres du Gouvernement ne peuvent l’abandonner dans une semblable crise. Tous les républicains sincères doivent, plus que jamais, s’unir, se concerter, s’entr’aider Les représentants de la gauche et de l’extrême gauche ont pris la ferme résolution de soutenir le Pouvoir exécutif, et ils viennent lui offrir leur concours.

Ces paroles de sympathie, ces protestations de dévouement furent religieusement écoutées. L’assurance fut donnée aux représentants que leur avis serait pris en très-grande considération. Ils se retirèrent, et la délibération commença.

Les opinions étaient différentes. Elles furent unanimement exposées, chaque membre exprimant ses sentiments personnels. Dans leurs variétés, elles se réduisaient à deux idées dominantes que nous allons résumer.

Les uns disaient : Pour défendre la République, tout à la fois contre les assauts continus de ses ennemis, qui préparent sa ruine, et contre les projets de ses fanatiques, qui rêvent pour elle les périlleuses illusions de l’inconnu, il faut, avant tout, l’union complète, indissoluble de l’Assemblée nationale et du Pouvoir exécu-

29s COMMISSION EXÉCUTIVE.

til'. Cette union existe-t-elle ? Non ! L’Assemblée, cédant à des entraînements divers, fait succéder, du jour au lendemain, un vote de méfiance à un vote de confiance. La guerre civile évoque un nom: le Gouvernement le repousse, l’Assemblée l’accueille. A chacun la responsabilité de ses actes. Celle du Pouvoir est dégagée ; impuissant désormais à réparer un mal irréparable, il n’a plus qu'à déposer une autorité méconnue, affaiblie.

L’influence du nom sera annihilée, dit-on, par la présence de l’homme : sur l’esprit des représentants en contact continuel avec lui? peut-être! Sur le peuple des campagnes, sur certains ouvriers des villes? non, certainement non ! Si Louis-Napoléon Bonaparte n’est qu’un homme ordinaire, il deviendra un instrument facile à manier dans les mains ennemies de la République, qui le tiendront ou croiront le tenir sous leur direction. S’il est un homme supérieur, il élargira sa place rapidement, fort du prestigede son nom. Absent, il est la cause volontaire ou involontaire de troubles, d’émeutes ; présent, il sera secondé ou exploité par une tourbe d’intrigants qui, cherchant leur fortune dans la sienne, fomenteront la discorde et la guerre civile. Toutes les railleries adressées à ses tentatives avortées de Strasbourg et de Boulogne ne sont que des traits -ans force. Son audace et sa longue détention n’en ont l>as moins gagné l’attention, l’intérêt du peuple. Sa quadruple élection, presque improvisée, le témoigne et nous est un avertissement ! Les clameurs provoquées par ses agents restent-elles sans écho? La République

Page 1