CHAPITRE HUITIEME
semblée nationale doit donner une solution définitive, qui rassure la population européenne.
Le ministre de la guerre et les généraux répliquaient :
Nous le reconnaissons, il est indispensable que le gouverneur général ne puisse se mouvoir d’une manière pour ainsi dire illégale et arbitraire. Il importe que son autorité soit restreinte, surveillée, tenue sous le régime de la loi. Mais lui refuser une autorité administrative un peu forte, serait contraire aux intérêts nationaux. Exiger l’assimilation complète de l’Algérie à la France, avec une population disséminée d’Européens de toutes nationalités, avec deux millions cinq cent mille indigènes, Arabes, Kabyles de races variées, enflammés parle fanatisme religieux, en lutte secrète et permanente contre la civilisation, toujours prêts à une insurrection, c'est vouloir une situation dangereuse, impossiblo. L’armée, d’ailleurs, rend d’immenses services. Elle a ouvert des routes, creusé des canaux, élevé des édifices, créé des villages, construit des ponts, assaini les contrées malsaines. Réprimons les abus, mais ne précipitons rien, ne livrons rien à l’aventure. Bornons-nous à déclarer que les liens qui unissent l’Algérie à la France sont définitifs, et cherchons à introduire sagement et successivement les réformes administratives les meilleures.
L’Assemblée, écartant comme trop absolue la proposition primitive, adopta, à une grande majorité, celle du général de Lamoricière :
« L’Assemblée nationale, renouvelant cette déclara-
COMMISSION EXÉCUTIVE
tion, que l’Algérie est une terre à jamais française, passe à l’ordre du jour. »
La grande œuvre de l’Assemblée constituante était la Constitution. Par sa voix, par son autorité issue du suffrage universel, libre et direct, le peuple tout entier, sans restriction, sans autre limite que celle du droit et de la justice, maître de lui-même, allait régler ses destinées, décréter ses lois organiques, discuter et voter la forme de son gouvernement. Jamais œuvre plus grandiose ne fut peut-être confiée à des hommes d’Etat.
Rien n’est plus instructif, plus intéressant, que d’assister à l’enfantement des idées qui, résumant les conquêtes de l’esprit humain, doivent devenir par leur enchaînement et par leur ensemble les institutions du présent et les règles du progrès à accomplir.
Les constitutions sont les étapes de la vie des peuples, étapes moins consacrées au repos qu’aux laborieux préparatifs d’une nouvelle marche vers l’avenir, à travers de nouveaux obstacles.
La France, dévorée d’une activité enfiévrée, semble ne pouvoir plus se fixer nulle part; si elle s’arrête un instant, ce n’est que pour reprendre une course plus rapide et plus haletante vers une destinée qu’elle poursuit et qu’elle ignore. Au moment même où il semble qu’elle va s’endormir, elle se relève pour s’élancer toujours vers l’inconnu. Attirée par une voix secrète qui lui crie: En avant! elle se précipite de nouveau