CHAPITRE HUITIEME
Chambre, où M. Grévy développa un nouveau système, devenu si justement célèbre, et qui porte son nom.
Par un décret du 2 juin, l’Assemblée avait décidé qu’après une première lecture, la constitution serait soumise à l’examen du bureau, qui nommerait des délègues rapporteurs, chargés de rendre compte à la commission des impressions et des opinions de tous, et de lui exposer les modifications que chaque représentant croirait devoir apporter à la rédaction de cet acte considérable, d’où dépendait l’avenir de la République.
M. Grévy, jurisconsulte éminent, homme profond, doué d’un rare esprit de prévoyance, soumit dans le bureau dont j’avais l’honneur d’être membre un amendement ainsi conçu :
« L’Assemblée nationale délègue le pouvoir exécutif à un citoyen qui reçoit le titre de président du conseil des ministres.
« Le président du conseil des ministres est nommé par l'Assemblée nationale, au scrutin secret, et à la majorité absolue des suffrages. Elu pour un temps illimité, il est toujours révocable. »
« La pensée de ce système — dit M. Grévy avec une conviction entraînante — est simple et facile à saisir. Il remédie à un danger imminent.
« Le président de la République, d’après les projets de la commission, a tous les pouvoirs de la royauté: il dispose de la force armée ; il nomme aux emplois civils et militaires; il dispose de toutes les faveurs ; il
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a tous les moyens d'action, toutes les forces actives qu’avait le dernier roi. Mais ce que n'avait pas le roi, cl ce qui mettra le président de la République dans une position bien autrement formidable, c’est qu’il sera l’élu du suffrage universel ; c’est qu’il aura la force immense que donnent, des millions de voix. Il aura de plus dans l’Assemblée un poste plus ou moins considérable. Il aura donc toute la force matérielle dont disposait l’ancien roi, et il aura de plus une force morale prodigieuse ; en somme, il sera plus puissant que ne l’était Louis-Philippe.
« N’oubliez pas que ce sont les élections de l’an X qui ont donné à Bonaparte la force de relever le trône et de s’y asseoir. Voilà le pouvoir que vous élevez ! Et vous dites que vous voulez fonder une République démocratique ! Que feriez-vous de plus si vous vouliez, sous un nom différent, restaurer la monarchie ?..
« Il est vrai que ce pouvoir, au lieu d’être héréditaire, sera temporaire et électif; mais il n’en sera que plus dangereux.
« Etes-vous bien sûrs que dans cette série de personnages, qui se succéderont tous les quatre ans au trône de la présidence, il n’y aura que de purs républicains empressés d’en descendre? — Etes-vous bien sûrs qu’il ne se trouvera jamais un ambitieux tenté de s’y perpétuer ? Et si cet ambitieux est un homme qui a su se rendre populaire ; si c’est un général victorieux, entouré de ce prestige de la gloire militaire auquel les Français ne savent pas résister; si c’est le rejeton d’une de ces familles qui ont régné sur la France, et s’il