CHAPITRE NEUVIÈME
moyenne de six mois, sur dix chemins, et la moyenne de dix-huit mois sur les autres.
M. Victor Lefranc conservera, devant l’Assemblée, sa mission de rapporteur.
Entre le 8 et le 14, une séance eut lieu, où furent entendus les administrateurs des chemins de fer. A la place du procès-verbal de cette séance, on ne trouve qu’une page en blanc; mais on sait ce qui s’y est passé par une lettre de M. de Ségur — 14 juin — qui proteste contre les paroles de M. Péreire, a dont les concessions ont été couvertes par des réserves formelles. »
On verra plus loin, dans les délibérations du comité des finances, que la grande majorité des administrateurs ne multipliaient leurs démarches et n’exagéraient leur opposition qu’afin d’obtenir la plus forte indemnité possible.
Le comité s’occupait avec le même soin scrupuleux -ule tous les travaux publics soumis à ses appréciations, ainsi que de tous les projets du ministre de l’agriculture pour les irrigations, reboisements et défrichements.
Si le Gouvernement était assuré du concours du comité des travaux publics, il devait rencontrer, dans le comité des finances, des adversaires résolus et une hostilité sans trêve.
Les discussions de ce comité sont tellement liées aux débats qui, sur scs nombreux rapports, avaient lieu
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dans l’Assemblée, qu’il est presque impossible de les isoler. D’autre part, l’inévitable influence exercée par la situation particulière des finances sur la situation générale du pays, ne permet pas de détacher de leur ensemble la série des mesures prises, soit par le comité, soit par la représentation nationale, soit par le Gouvernement.
Ici surtout, pour tenir tète aux périls de la crise, il fallait agir avec l’entente dans les vues, avec l’accord dans les actes qui existaiententre le comité des travaux publics et le ministère. Il en fut malheureusement tout autrement. Les préventions politiques ne voulurent point céder au salut public. Et là où le concours do chacun était le plus nécessaire, le comité des finances ne fit que susciter des obstacles et prodiguer les embarras.
A voir l’attitude de ce comité, on ne peut s'empêcher de la comparer à celle des autres comités et de la trouver bien singulière. Dans tous, chaque représentant tient à honneur de signer ses idées, de revendiquer la responsabilité de ses paroles et de ses propositions, d’inscrire son nom dans les procès-verbaux, où le contemporain et l’historien pourront le prendre pour y attacher le blâme ou l’éloge.
Au comité des finances, il n’en est pas ainsi. L’anonyme est de règle. Ses membres l’ont voulu et décidé.
Chaque orateur ne portera d’autre dénomination que celle-ci: Un membre.... Pourquoi ce voile? Pourquoi cette précaution de l’irresponsabilité? Pourquoi, sous le règne absolu de l’opinion publique, pourquoi cher-
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cher à se soustraire à sa puissance? Pourquoi prendre le masque de l’inconnu?
Ce n’est pas assez. Leur prudence est méticuleuse. 11 est bon de veiller sur tout.
Quelques indiscrétions ont été commises sans doute, quelques révélations ont signalé des individualités. Le comité prononce — séance du 8 juin : — « Les membres, en donnant des notes aux journaux sur les délibérations du comité, ne devront jamais indiquer le nom des orateurs. »
Nulle trace ne subsiste des motifs de cette décision. Nulle raison n’est formulée. En république, une mesure aussi étrange devait être justifiée : elle ne le fut pas.
Les monarchistes les plus éminents, les plus dévoués aux dynasties déchues, s’élaient empressés de se faire inscrire dans le comité des finances. M\l. Berrycr, de Larcy, Benoist d'Azv, Sauvaire-Barthélemy, etc., légitimistes; MM. Jules de Lasteyrie, Duvergicrde Hauranne, Sainte-Beuve, Billault, Bincau, Gouin, etc., et peu après M. Thiers, partisans de la monarchie constitutionnelle orléaniste, tous adversaires de la République, formaient la grande majorité. Tactique ou disposition naturelle de leur esprit , ils avaient concentré leurs forces sur ce point vital, et s’étaient emparés, en maîtres, de la direction financière et budgétaire. Le président était M. Gouin; le vice-pré-
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aident, M. Bastiat; les secrétaires, MM. Lanjuinais et
Sainte-Beuve.
La première question fut celle de l’impôt des 45 centimes.
Elle avait été renvoyée au comité par l’Assemblée, à la suite de la séance du 19 mai, où M. Lavallée avait proposé que cet impôt ne fût pas prélevé sur les quatre contributions.
MM. Garnier-Pagès et Duclerc, ministres successifs des finances, furent invitésàse rendre dans le sein du comité.
M. Garnier-Pagès fit rapidement le triste résumé de la situation du Trésor au moment où M. Duclerc et lui avaient été appelés à en prendre la direction : l’encaisse réduit à 36 millions espèces, déduction faite du semestre payé ou à payer; la dette flottante s’élevant, y compris les caisses d’épargne, à 960 millions; les dépenses courantes exigeant une somme de 150 millions , et la réorganisation de l’armée et de la flotte, en vue d’une intervention en Italie, une somme de 1 14 millions; tous les créanciers de l’Etat réclamant le montant de leurs fournitures et des travaux réglés ; les dépositaires redemandant leur argent; les receveurs généraux retenant leurs recettes pour se couvrir de leurs avances ; les contributions indirectes contestées, arrêtées; la crise industrielle et commerciale redoublant d’intensité et nécessitant des subventions uestinées à créer des institutions de crédit; enfin, pour combler la détresse, la Banque de France voyant son encaisse réduit à Paris et se trouvant obligée de suspendre ses payements.