‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 195 sur 243 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

Cet état de ruine financière semblait n’avoir pour dénoûment que la banqueroute, lorsque, par une inspiration de salut, le Gouvernement provisoire résolut de sauver la Banque par l’Etat, puis l’État par la Banque, en décrétant la valeur légale des billets de banque. Du même coup, l’industrie et le commerce étaient également arrachés au désastre.

La Banque put alors prêter au Trésor. Mais ces prêts étaient insuffisants. A qui demander le complément de ressources indispensables? aux biens de la famille d’Orléans? au milliard des émigrés? à l’emprunt, forcé sur les riches? au papier-monnaie? à l’emprunt volontaire? à l’impôt sur le revenu? Moyens immoraux, impoliliques , ou impraticables immédiatement. Sous l’imminence du danger, le temps manquait aux tâtonnements et aux lenteurs inévitables dans la mise en œuvre de toute mesure nouvelle. Le Gouvernement provisoire fit ce qu’avaient faitl’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet. Il s’adressa aux ressources qu’il avait sous la main, aux quatre contributions directes. Il limita ce supplément de centimes additionnels à 45 centimes, fit une réserve de 30 millions pour le dégrèvement des pauvres et malaisés, et donna en compensation la suppression de l’impôt du sel à partir de

M. E. Duclerc compléta cet exposé en démontrant que le besoin impérieux, absolu, d'une recette immédiate, et l’impossibilité d’établir de nouveaux rôles de contributions avant un délai de deux mois, avaient nécessité la perception sur la totalité de l’impôt. Puis il

Dit* COMMISSION EXÉCUTIVE.

établit l'état financier du moment, affirma la sécurité du présent, et promit de remettre sous peu de jours à l’Assemblée un plan pour liquider le passé et assurer l’avenir.

Ces explications loyales et concluantes firent une impression profonde, même sur les plus prévenus. Le comité, à l’unanimité, approuva l’impôt des 45 centimes. Il repoussa la proposition de M. Lavallée et nomma M. Deslongrais pour faire à l’Assemblée le rapport de ses appréciations et de son entière adhésion à cette mesure de salut.

M. Deslongrais disait, le 22 mai, à la tribune :

« Pourrésoudre rationnelieinentet politiquement les questions qui nous étaient soumises, nous avonsdù nous reportera l’époque et aux circonstances dans lesquelles le décret du 16 mars avait été rendu.

« Aucun de vous n’a oublié qu’alors le Trésor public éprouvait d’extrêmes embarras. Tous les services pouvaient d’un moment à l’autre se trouver compromis faute de fonds pour y faire face; la dette la plus sacrée de l’Etat, l’épargne du pauvre etde l’ouvrier, ne pouvait luiêtrerembourséeau fur et àmesure de tousses besoins, devenus plus urgents par le manque de travail; divers moyens de crédit avaient été inutilement essayés par le Gouvernement provisoire. Un tel état de choses ne pouvait se prolonger sans péril; il fallait au plus tôt créer des ressources certaines et promptement réalisables.

« Un des moyens les plus efficaces était évidemment d’ajouter des centimes additionnels aux contribu-

Page 1