CHAPITRE NEUVIÈME
le payement des bons du Trésor, ouvrit les caisses lorsqu’il devait les fermer. Les conséquences de cette erreur ont pesé et pèseront encore longtemps sur la situation... »
M. Fould ajoute aux chilîres précités de 135 millions en caisse, de 55 millions en portefeuille, « l'anticipation du douzième, devant procurer, en deux mois, 50 millions, ensemble 240 millions, qui, à raison de 2 millions par jour, suffiraient à combler la différence entre les dépenses et les recettes pendant cent vingt jours. »
« On avait en réserve, dit-il dans une note, pour le cas de guerre, le doublement des contributions directes et un emprunt à la Banque. »
M. A. Fould passe sous silence le payement du semestre échu le 22 mars, s’élevant à 73' millions, qui n’est pas compris dans son calcul de 2 millions par jour pendant cent vingt jours. Il ressort de ces calculs qu’il entendait également en ajourner le payement.
C’est évidemment cet ajournement du payement de la rente, proposé au ministre, qui lui fit dire que M. A. Fould lui avait conseillé la banqueroute. Cette mesure, que M. Goudchaux qualifiait ainsi, était considérée par M. Fould comme le salut. Dans ses mémoires, dans ses discours, M. A. Fould a toujours protesté contre les conclusions que M. Goudchaux tirait brutalement de ses avis.
Voilà les faits, incontestables, de quelque manière qu’on les apprécie. Il n’en est pas moins vrai que la
40‘J COMMISSION EXÉCUTIVE
suspension du payement des intérêts de la rente était le coup le plus fatal que l’on pût porter au crédit de l’État.
Offrir ensuite, suivant le plan de M. A. Fould, la conversion en renies des bons du Trésor et des caisses d’épargne, n’était-ce pas offrir une valeur dépréciée, tellement dépréciée qu’elle devenait illusoire? Un pareil système eût porté le désordre à son comble, et anéanti pour longtemps les ressources des emprunts, sans remédier au mal.
S'il y eut faute à avancer le payement du semestre, ce qui contribua à hûter le vide des caisses de la Banque, il y eût eu plus qu'une faute à le reculer.
Si, en dehors de l’Assemblée, dans les journaux, dans les clubs, les débats financiers devenaient de plus en plus agressifs, la grande lutte avec les orateurs du comité des finances allait prendre un ton de plus en plus acerbe. Tandis que les clubistes les plus exaltés accusaient MM. Garnier-Pagès et Duclerc de modérantisme, les monarchistes les plus ardents leur reprochaient durement leur socialisme et dirigeaient contre eux toute la violence de leurs attaques; ils traitaient de prétentions vaines leurs recherches, leurs efforts pour établir les impôts et les charges proportionnellement à la fortune, et dénonçaient leurs réformes comme excentriques et révolutionnaires.
Aussi, sans attendre l’initiative du Gouvernement,