C H A IM T R K PREMIER
Cette insouciance exclusivement personnelle ne détournait en rien la Commission exécutive de son attention ni de ses préoccupations du bien public et des intérêts internationaux. Elle suivait d’un œil attentif, avec une sympathie croissante, le développement continu des révolutions des peuples de l’Europe.
En Prusse, la Chambre des députés s’était transformée en Assemblée constituante. En Autriche, après la fuite de l’empereur dans le Tyrol, la Diète avait reçu du peuple les mêmes pouvoirs constituants. A Francfort, le Parlement allemand, régulièrement élu par le suffrage universel, inaugurait, au milieu de l’enthousiasme général, la pris e de possession de la souveraineté nationale.
Partout frémissantes, les nationalités aspiraient à leur résurrection. Partout affaiblis, mais conservant en main le commandement des armées, les princes et les rois se courbaient sous l’orage, espérant recueillir dans les haines et dans les luttes des races, sourdement fomentées par eux, des éléments de réaction et de consolidation de leur autorité chancelante.
Dans cet état de choses, le Gouvernement provisoire avait su conserver à la France la juste influence due à l'initiative de sa révolution. Respectant chez les peuples leur impulsion autonome, il les avait laissés les maîtres absolus de leurs destinées. En même temps, déchirant de plein droit les traités monarchiques de
COMMISSION EXECUTIVE
1815 et proclamant la volonté de la République de no faire la guerre à personne, il avait déclaré que — si l’heure de la reconstruction de quelques nationalités opprimées, en Europe ou ailleurs, lui paraissait avoir sonné, si les Etats indépendants de l’Italie étaient envahis, si on leur contestait à main armée le droit de s'allier entre eux pour consolider une patrie italienne — la République française se croirait en droit d’armer elle-même, pour protéger ces mouvements légitimes de croissance et de nationalité.
La Commission exécutive (séances des 19 et 20 mai) eut à examiner si la République française était en mesure de soutenir cette politique si élevée, si nettement formulée. L’armée active, organisée parle ministre de la guerre et par la commission de défense, était portée à 532,000 hommes, dont 60,000 formaient l’armée des Alpes; 15,000 soldats éprouvés avaient été appelés d’Algérie ; on fortifiait les côtes ; les arsenaux travaillaient en pleine activité ; une flotte puissante veillait sur l’Italie, non loin de Venise ; le ministre des finances, malgré la pénurie du Trésor, ouvrait les crédits nécessaires, improvisait des ressources. Tout se disposait pour que la France fût prête.
Une haute question de dignité fut, la première, posée dans le Conseil.
Le ministre des affaires étrangères avait déclaré