CHAPITRE NEUVIEME
d’un déficit probable de 1848, il n’est pas prudent d’augmenter les dépenses et d’accroître la dette publique par la transformation en rentes des; actions de chemins de fer.
Deux projets se trouvaient donc en présence devant l’Assemblée : la conversion en rentes des caisses d’épargne et des bons du Trésor, proposition du comité; le rachat des chemins de fer, proposition du Gouvernement. Lequel aurait la priorité de discussion? La décision de la Chambre sur ce point devait faire préjuger ses résolutions définitives. Tous les représentants étaient sous l’influence de cette pensée. Il y avait là, sans que personne en fît l’aveu, une probabilité de crise gouvernementale.
La discussion s’ouvrit au milieu de l’attention, de la préoccupation générale.
A peine M. Bineau eut-il achevé la lecture de son rapport, que M. Léon Faucher courut à la tribune pour réclamer la priorité en faveur de la conversion :
« Le crédit de l’État doit tout dominer. Les réserves faites par le ministre, pour l'exposé de son système, ne sont qu’un secret inutile. Existe-t-il une seule bonne raison contre son opinion ? »
M. Garnier-Pagès réplique : a Le payement des ac-
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tions des chemins de fer doit se faire en rentes. Jeter sur le marché, par la conversion, une masse de rentes, c’est en déprécier la valeur, c’est affaiblir le crédit de l’Etat et rendre plus onéreux le rachat. N’est-ce pas là une raison bonne, incontestable, qui doit satisfaire M. Léon Faucher et l’empêcher d’insister sur la priorité qu’il réclame? »
M. Jules de Lasteyrie : « Tant pis pour la rente, si elle baisse! Tant mieux pour l’État, s’il remplit ses engagements; vous ne l’avez pas pu. Je ne vous en fais pas de reproches, vous avez cru bien agir, je reconnais votre loyauté. Mai3, dans le moment actuel, les créanciers de l’État ne sont pas payés, les dettes exigibles ne sont pas payées. L’Pltat est en banqueroute... »
M. Garnier-Pagès, l’interrompant avec violence : a Nous voulons maintenir le crédit de l’État, et nous ne permettrons pas de dire que l’État est en banqueroute, parce que cela n’est pas vrai. » (Sensation.)
M. Jules de Lasteyrie ; « Je respecte, j’honore la susceptibilité de M. Garnier-Pagès. Je conviens que l’expression était plus forte que la réalité. » (Ah ! ah !.)
M. Duclerc ne veut pas relever le mot malheureux de l’honorable préopinant... « Quant au secret de l’État, qu’on me reproche d’avoir gardé, oui! je l’ai gardé et je m’en honore. Savez-vous pourquoi je l’ai gardé? Parce que nous avons autour de nous des agioteurs, qui ne demandent pas mieux que d’en profiter. Tant que je serai ministre, jamais ils n’en profiteront. (Bravos! Bravos 1 Applaudissements.)