‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 202 sur 243 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

« L’honorable M. Billault... nous a lu son rapport à quatre heures. Eh bien ! à deux heures ce rapport était escompté à la Bourse. Les bons du Trésor ont monté de 10 francs, et la rente a baissé de 2 francs. Je déclare que si, par ma faute, pareille chose m’était arrivée, je ne m’enconsolerais jamais. » (Très-bien ! Applaudissements.)

M. Berryer regarde, comme funeste, toute distinction entre les créanciers de l’Etat. Les arguments de M. Garnier-Pagès peuvent se renverser. Il y a là, dans les deux projets, deux conversions; l’une aussi bien que l’autre peut nuire au cours de la rente. Dans le second cas, les bons du Trésor trouveront la vente abaissée. Il repousse tous les moyens dilatoires et défend, avec une chaleureuse éloquence, les résolutions et conclusions du comité et la priorité de leur discussion.

M. Garnier-Pagès : « Un grand pays comme la France, aussi riche, aussi puissant, aussi industriel, qui ne doit que 177 millions de rentes en dette consolidée, remplira avec honneur tous ses engagements. Mais il y a deux systèmes, l’un qui a foi dans l'avenir cl l’autre qui doute du crédit de la France. La prospérité du pays, bientôt revenue, permettra bientôt de faire, au taux de 80 à 85 francs, la conversion que l’on veut faire précipitamment au cours de 70 francs, qui n’est pas un cours sérieux, mais un cours avili sous la pression des derniers événements. »

L’Assemblée demandant la clôture, M. Billault monte à la tribune, et soutient scs conclusions, surtout dans l’ignorance du plan que doit présenter le ministre.

COMMISSION EXECUTIVE

M. Duclerc répond d’abord à l’argument de M. Berryer par cette vérité : La transformation d’actions en rentes ne surchargera pas la place de valeurs. Puis il réplique à M. Billault :

« ...Les ressources dont je proposerai à l’Assemblée la création sont combinées en vue de donner, immédiatement après le rachat des chemins de fer, une impulsion énergique à la construction des chemins de fer. En construisant les chemins de fer, d’abord vous vous débarrassez de la question ouvrière, qui pèse non-seulement sur la question politique, mais sur la question financière; vous arrivez immédiatement à créer une quantité considérable de consommateurs et de producteurs. Immédiatement encore, vous allez ranimer le travail dans les usines; par voie de conséquence, vous allez le ranimer dans toutes les industries qui se rattachent aux usines et aux chemins de fer. Peu à peu, le mouvement que vous aurez déterminé gagnera de proche en proche, et cette situation, contre laquelle nous luttons avec tant d’énergie depuis trois mois, celte situation disparaîtra ou sera considérablement diminuée.

« Dans l’autre cas, vous aurez donné des titres plus ou moins négociables à des capitalistes dont les valeurs sont immobilisées. »

M. Berryer remonte à la tribune, a Notre sentiment à nous tous assurément, c’est de faire tout pour ramener l’ordre et la paix... Mais après ces grandes commotions,... quand ces questions, qui doivent transformer tant d’existences, s’agitent, croyez-vous que la

Page 1