CHAPITRE NEUVIEME
La demande du scrutin secret, faite par des membres du cercle de la rue de Poitiers, est mise aux voix.
Après une épreuve et deux contre-épreuves tumultueuses, le président proclame que le vote aura lieu par scrutin secret. Il est procédé à ce vote qui donne pour résultat :
Nombre des votants. . . .
Majorité absolue
Boules blanches
Boules noires
L’Assemblée a donné la priorité au projet du Gouvernement.
Un emprunt de 150 millions à la Banque de France, au pair et à 4 pour 100, que le ministre négociait, et sur lequel il avait dû garder le silence jusqu’à sa conclusion, motivait ses réserves, que la droite traitait, en raillant, de secret d’Élat.
Cette négociation, si avantageuse pour le Trésor, d’où dépendait la dissolution, si ardemment poursuivie par le Gouvernement, des Ateliers nationaux, par la reprise des travaux sur les chemins de fer rachetés, était si difficile, si délicate, qu’elle ne fut adoptée par le conseil de la Banque, qu’à la majorité d’une seule voix. Elle imposait donc une prudence
COMMISSION EX KOUTI VE
extrême. Déjà combattue par ceux des membres de ce conseil, qui étaient administrateurs de ces chemins, n’était-il pas à craindre que tous les adversaires du rachat, concentrant leurs efforts, ne fissent échouer un emprunt indispensable au succès de l’œuvre qui devait assurer l'ordre, la prospérité de la France et l’avenir de la République ?
Voici comment avait eu lieu cette négociation :
Les membres du conseil, le gouverneur et les sousgouverneurs de la Banque avaient été convoqués par le ministre des finances, dans le cabinet de M. Garnier- Pagès.
M. Duclerc exposa loyalement sa demande, les garanties offertes par l’Etat et le but de l’emprunt.
M. Garnier-Pagès rappela que la Banque avait été sauvée par l’Etat, le jour où la violence de la crise l’avait forcée de prévenir le Gouvernement de la suspension de ses payements; il reconnut les secours concédés en échange par la Banque à l’Etat. Le salut commun exigeait de nouvelles mesures. Le but du ministre était de consacrer un million par jour, pendant les six derniers mois de 1848, à des travaux productifs, et de donner par là une impulsion vigoureuse à la reprise de l'industrie et du commerce.
Le Gouvernement, d’ailleurs, avait accru la puissance et les moyens d’action de la Banque, par la fusion des Banques départementales ; par l’unité, il lui avait fait un don considérable ; il croyait bien avoir le droit de réclamer service pour service, non pour lui, mais pour tous.