‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 218 sur 243 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

MM. Goudchaux et Falloux réclament la continuation des pouvoirs de la commission dont ils sont membres. L’Assemblée y consent et vote le crédit demandé, mais le réduit à deux millions.

Les dialogues politiques et historiques, qui sont les discours des orateurs et la polémique des journalistes, offrent, dans le drame réel où se débattent les destinées d’un peuple, un intérêt bien supérieur à celui du drame artificiel où sont agencés les divers épisodes de la vie humaine. Bien mieux que les récits et que les descriptions, les appréciations et les résumés des narrateurs font connaître une époque, avec ses événements, le caractère des hommes et l’aspect des choses. Ici, rien n’est agrandi, ni diminué, ni dissimulé, ni fardé. C’est directement, par la parole même de celui qui l’émet, qu’apparait sa pensée telle qu’elle est, que se dévoile la vérité vraie. Ici, nulle fausse interprétation, nulle illusion, nulle erreur! Aussi, pas de doute possible, pas de réfutation admissible, pas de dénégation à redouter. Le fait est incontestable, irréfragable; il domine tout.

C’est surtout en écrivant l'histoire contemporaine, lorsque la plupart des hommes dont on parle vivent encore, qu’il est opportun de procéder ainsi. Il n’y a là que de simples constalations officielles : ni déception, ni plainte n’est à redouter. Il n’y a là rien qui puisse froisser le plus susceptible : il ne peut se dire offensé, sans se renier lui-même. Pour ceux qui ne sout plus,

COMMISSION EXÉCUTIVE

ils revivent, reparaissent en scène, s’expriment euxmêmes, et deviennent les témoins solennels évoqués par l’historien.

Voilà les motifs impérieux qui m’ont porté à multiplier les citations de discours et de polémique, en les abrégeant autant que possible, mais sans y rien changer, au lieu d’en faire un résumé, qui, malgré tous les efforts d’une volonté impartiale, peut paraître infidèle, ou du moins atténué.

Cette explication me paraissait nécessaire avant de poursuivre.

A cette page de l'histoire, la France est arrivée à la veille des fatales journées de Juin.

Avant d’en faire la terrible et sanglante description, je crois indispensable de jeter un regard rétrospectif sur la situation qui s’est déroulée depuis la journée du 15 Mai, depuis la fête de la Fraternité, où l’esprit pacifique et réparateur de la conciliation semblait avoir dominé l’esprit de discorde et de haine.

a La République est la forme de gouvernement qui nous divise le moins, » a dit, à cette époque, un homme d’Etat. Si cet axiome avait été compris, la République pouvait maîtriser tous les troubles et vivre dans la lumière et le progrès. Elle seule était assez puissante pour comprimer les tentatives criminelles, parce qu’elle était le droit et la force. Malheureusement pour la Fiance, avide tout à la fois d’ordre et de liberté, cette

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