CHAPITRE DIXIÈME. 44H
vérité devait être méconnue par tous les partis, mémo par celui qui l’avait énoncée.
Les légitimistes avaient savouré, dans la Révolution de 1848, la joie de voir tomber du trône une famille usurpatrice et détestée. Dans l’exaltation de la vengeance satisfaite, ils avaient, au début, accepté la République, comme ayant fait place nette et justice. Mais bientôt la haine de la démocratie, l’espoir de recouvrer par une restauration possible les privilèges perdus, les avaient entraînés. Les chefs du parti s’étaient jetés dans l'arène électorale. Quelques-uns avaient pénétré dans l’Assemblée constituante. La tribune libre et la presse affranchie étaient à leur disposition. Ils s’en saisirent, afin de miner des institutions abhorrées et d’y substituer la monarchie légitime. Contre l’ennemi commun, et semblant oublier leurs griefs, ils n’hésitèrent pas à se rallier aux orléanistes, et, sous main, aux bonapartistes, prêts à se séparer d’eux après le succès.
Tandis que les chefs procédaient parlementairement et avec habileté, les simples partisans s’agitaient passionnément et sans mesure.
Quelques sages et prudents usaient de leur droit largement, mais sans l’outre-passer. Cherchant à faire prévaloir leur opinion par l’influence naturelle, due surtout à leurs richesses territoriales, et sans sortir des limites constitutionnelles, ils formaient des comités, entretenaient des correspondances, préconisaient leurs
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hommes el leurs principes. Beaucoup, au contraire, plus ardents, plus audacieux, ne pouvaient contenir le feu qui les dévorait. Le trône vide! jamais plus propice occasion ne s’était offerte à l’assouvissement de leur ambition. Tout moyen leur paraissait bon pour la victoire si longuement convoitée. Ces personnalités impatientes, tourmentées, se convulsionnaient. Ils couraient les campagnes, les marchés; y prêchaient le refus de l’impôt; provoquaient l’émeute; distribuaient l’argent; prodiguaient les promesses et les séductions. Quelques-uns, au sein de Paris, se glissaient dans les clubs; y soudoyaient des émissaires; soldaient des journaux ultra-socialistes; épiaient l'heure, et se préparaient à prendre le fusil.
Les orléanistes , fractionnés par la Révolution , étaient divisés sur la conduite à tenir, sur la tactique à adopter. Les anciens conservateurs, les vaincus de Février, s’étaient dispersés. Quelques-uns, en certain nombre, croyaient digne de se retirer momentanément de la vie politique; pénétrés d’un sentiment louable, ils pensaient que l'amertume de leurs regrets ne devait point être lin obstacle à la prospérité du pays. Il en était qui, possesseurs de hautes fonctions, avaient cru pouvoir les garder, en servant un Gouvernement issu de tous et appartenant à tous. D’autres, enflammés par un esprit de vengeance, avaient formé un club et créé