‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 222 sur 243 · CU M M I S S I U N K X KC U 1 1 V K · texte numérisé non relu

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boraient au milieu des ouvriers un socialisme exagéré, et se proclamaient parmi les conservateurs les dévoués soutiens de l’ordre. Ils excitaient le pauvre contre le riche *, poussaient à la bataille fratricide, puis ils se présentaient comme seuls capables de réprimer implacablement l’hydre révolutionnaire. Ils s’efforçaient de dresser le drapeau rouge sur les barricades, cl ils prétendaient être seuls assez forts pour l’abattre. Ils évoquaient le fantôme terrifiant de la démagogie et spéculaient sur la peur. Ils provoquaient directement la guerre civile, et ils revendiquaient l’autorité à titre de sauveurs indispensables de la société.

Leurs agents, présents en tout lieu, surveillés mais insaisissables, disposaient une prise d’armes.

Le bonapartisme était le grand danger.

Les républicains s’étaient émiettés à l’infini, et restaient sans cohésion, sans discipline, divisés, livrés aux attaques de leurs adversaires, qui ne manquaient pas de semer parmi eux la discorde et la haine.

Il y avait les républicains du National, les républicains de la Réforme, les républicains de la veille, les républicains du lendemain, les républicains montagnards, les républicains rouges, les républicains libéraux, les républicains autoritaires, les républicains qui soule-

1 Le journal de Lacolonpc signalait le cliifl'rc de* fortunes particulières.

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naicnt la Commission exécutive, les républicains qui voulaient la renverser, enfin les républicains socialistes.

Les socialistes étaient encore plus fractionnés. C’étaient les partisans des doctrines de Saint-Simon, do Fourier, de Gabet, de Louis Blanc, de Proudhon, de Pierre Leroux, de Bûchez, de Comte, etc., tous amis de l’humanité, tous ennemis les uns des autres.

La plupart de ces républicains, longuement habitués, sous la monarchie, à une vive opposition, ne pouvaient se décider à soutenir un Gouvernement, même sorti de leurs rangs, émané d’eux, fondateur de la République, fils du suffrage universel. L’habitude était plus forte que la raison, et que la logique. Se dire, s’avouer ministériel était invraisemblable, impossible, indigne d’un républicain. C’était s’exposer à perdre justement toute popularité.

Cependant , les manœuvres des monarchistes, des bonapartistes surtout, devenaient si visibles, si évidentes, que les sectaires même les plus exaltés se demandaient s’ils n’étaient pas entraînés dans un piège, s’opposaient au banquet insurrectionnel des 25 centimes, dénonçaient en pleins clubs, dans leurs journaux et à la tribune, le complot napoléonien, approuvaient la solution du Gouvernement, le rachat des chemins de fer, qui assurait du travail aux ouvriers et une richesse à la France.

Mais ces résolutions du dernier moment, ces inspirations réparatrices, rc venaient-elles par trop tard pour comprimer les [lassions désordonnées qu’ils avaient déchaînées?

432 COMMISSION EXÉCUTIVE

Dans un état des partis aussi surexcité, dans le choc de toutes ces animosités, au milieu de cette fournaise , les Ateliers nationaux , où cent mille hommes avaient cherché un refuge contre les malheurs du temps, échangeant un travail illusoire pour un modique salaire, étaient pour les ambitieux un commode foyer de troubles, un facile moyen d’attaque. Tous les efforts des meneurs bonapartistes s’y concentraient, pour les soulever au nom du droit de vivre. Tous les efforts des députés monarchistes s’y concentraient, pour les dissoudre immédiatement sous le prétexte de l’intérét public.

Le soulèvement et la dissolution immédiate aboutissaient au même résultat, la guerre civile.

Etouffer le soulèvement en assurant l’existence par le travail, écarter la dissolution immédiate en dispersant, pacifiquement et peu à peu, les ouvriers sur des chantiers utiles, voilà où se concentraient tous les efforts du Gouvernement.

La discussion sur le rachat des chemins de fer était fixée au 22 juin. La loi admise, la solution obtenue, — ce que rendait probable le vote sur la priorité, — et le péril était conjuré.

Les ennemis de la Révolution comprirent qu’ils avaient à se précipiter avant le jour marqué, et que l’insurrection devait surgir avant la solution.

Alors s’établit entre les adversaires de la Répu-

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