CHAPITRE DEUXIEME
que l’Assemblée ait même le temps d’user de son droit de révocation.
M. de Sainte-Beuve va plus loin : « Dépouiller le président de telle sorte que l’Assemblée nationale se trouve à la disposition du Pouvoir exécutif, d’un pouvoir exécutif nommé par nous et révocable par nous, c’est une position que nous ne pouvons pas accepter.
« Qu’arriverait-il, si, un jour, l’Assemblée était saisie d’une demande de révocation de certains membres du Pouvoir exécutif? Pourrions-nous délibérer sur le point de savoir s’il faudrait maintenir le pouvoir à ceux qui l’exercent, lorsque ces mêmes hommes commanderaient les troupes qui nous environnent, qui nous défendent, mais qui, au besoin, pourraient nous attaquer. (Mouvements divers.) »
Un représentant : « Le président pourrait le faire aussi, »
M. Théodore Bac, de l’extrême gauche, et M. Guichard, du cercle du Palais National, répliquent qu’il y aurait péril, si le Pouvoir exécutif était définitivement constitué, indépendant de l’Assemblée; mais il est dans les mains de l’Assemblée, et l’Assemblée lui a précisément délégué la mission d’étudier, de surveiller le mouvement moral, qui précède toujours le mouvement matériel, d’étouffer dans son germe et avant l’éclosion toute tentative d’hostilité, et, à l'heure du danger, de distribuer les forces, de comprimer l’insurrection. Après avoir donné à ce pouvoir une telle mission, est-il bon de l’affaiblir? mais c’est affaiblir la défense, c’est se détourner du but vers lequel on mar-
COMMISSION EXÉCUTIVE
che. Mieux vaut déclarer que l'Assemblée n’a pas une confiance assez grande dans le Pouvoir exécutif pour lui remettre la plénitude des délégations dont son titre l’investit.
Le général Cavaignac, insistant sur la nécessité de l’unité du commandement, indispensable à la sécurité de l’Assemblée, proposa d’accorder au président le droit d’ordonner à la Commission exécutive de prendre toutes les mesures utiles à la liberté la plus complète de la représentation nationale.
Un incident rétrospectif mit fin à la séance.
A propos de la journée du 15 mai, les questeurs prétendaient avoir donné tous les ordres de précaution et de répression. Tout en rendant hommage à leur dévouement et sans nier les mesures prises par eux, M. Marie offrit de prouver, pièces en main, que le premier ordre de battre le rappel avait été donné à la 1 1* légion à une heure. « Je n’aurais pas apporté ces détails, s’écrie-t-il avec une émotion qu’il ne peut maîtriser, si je n’avais entendu, rejeter sur la Commission exécutive, des torts que la Commission exécutive ne peut accepter. (Mouvements divers.) Elle sait son premier devoir et n’a pas besoin qu’on le lui rappelle ; elle sait que son premier devoir est de défendre cette Assemblée nationale, de qui tout pouvoir émane; elle l’a défendue et la défendra tant qu’on lui maintiendra le pouvoir ; mais c’est à une condition, c’est qu’elle