CHAPITRE DEUXIÈME
par les membres des réunions du Palais national et des Pyramides.
M. Lamennais prit à son tour la parole (31 mai) dans le Peuple constituant :
« La réaction poursuit ses attaques contre la Commission exécutive; elle la harcèle sans relâche, l’enveloppe de vagues soupçons, s’efforce de l’amoindrir et de la diviser, pour la forcer à se dissoudre ellemême. Alors elle dirait : Vous le voyez bien, la République est une rêverie ; sous cette forme de gouvernement impossible en France, nul moyen de constituer aucun pouvoir durable, aucun pouvoir quelconque: car est-ce un pouvoir que ce je ne sais quoi d’inerte et de nul que nous amenons chaque jour, représentants du peuple, sur la sellette, en votre présence? Les intrigues ténébreuses, les manœuvres de toute sorte venant. se joindre à cet argument, la conclusion arriverait bientôt : Il faut à la France' un pouvoir réel; alors seulement la confiance renaîtra, les affaires reprendront leur cours ; en rentrant dans l’ordre, on rentrera dans les voies de la prospérité : tout ce qui se dit en pareille circonstance. Quant au pouvoir réel, il y aurait bien quelques difficultés. On verrait d’un côté s’avancer Henri V, escorté de ce que l’on sait, et de l’autre le comte de Paris, appuyé sur M. de Joinville. Force serait de choisir entre ces deux réalités; et comme chacune d'elles, par amour pour la France et pour la sauver, insisterait sans doute sur la préférence, et qu’aucune d’elles ne s’établirait sans une vive opposition, sans une résistance obstinée, le pre-
mierbien qu’elles Rapporteraient serait laguerre civile, avec la certitude d’une nouvelle et prochaine révolution. »
Le rapport sur le bannissement de la famille d’Orléans avait été lu à l’Assemblée, le 24 mai, par M. Dornès. Il concluait ainsi :
« Le territoire de la France et de ses colonies, interdit à perpétuité à la branche aînée des Bourbons, parla loi du 10 avril 1832, est interdit également à Louis-Philippe et à sa famille. »
Fréquent retour des choses de ce monde! nouvel exemple des vicissitudes princières! la République appliquait aux d’Orléans la loi faite par leur chef luimême contre les Bourbons. Les princes de la branche cadette avaient-ils donc le droit de se plaindre d'une mesure qu’ils avaient prise les premiers et contre leurs parents de la branche aînée? Et pourtant ils protestèrent.
La Commission exécutive n’avait cédé à aucune pensée de persécution. Mais, alors qu’elle avait à sévir contre des républicains exaltés, entraînés jusqu’à une démonstration anarchique, pouvait-elle demeurer inactive devant les prétendants des anciennes monarchies, sans donner raison à des accusations de partialité?