CHAPITRE DEUXIÈME
eux les noms de représentants antidynastiques : MM. Louis Blanc, Gambon, Degeorge, Raynaud- Lagardette, qui croyaient la République assez forte pour ne courir aucun danger d’absorption ; et ceux de légitimistes : MM. de Larcy, Bécbard, de La Rochejaquelein, qui protestaient contre le bannissement de la branche aînée.
La plupart des anciens députés de la gauche, malgré leurs sympathies pour la famille d’Orléans, ne se croyaient pas liés à son avenir : ils ne voulurent pas lui faire le sacrifice de leur influence et votèrent le décret. Louis-Philippe, qui avait dédaigné leurs avis et les avait accusés dépassions aveugles ou ennemies, n’avait aucun reproche à leur adresser ; mais il dut sentir douloureusement le coup qu’il recevait de leur main, et s’apercevoir combien l’homme tombé conserve peu de courageuse affection autour de lui.
Le lendemain, l’Assemblée qui venait de fermer les portes de la France à la famille d’Orléans était saisie d’une demande signée par MM . Piétri, Germain Sarrut, Louis Blanc, Gonti, Casablanca, Larabit, Boulav (de la Meurthe), Abbatucci, Laurent (de l’Ardèche), et réclamant qu’il fût présenté, et au besoin proposé, un décret portant :
« L'article 6 de la loi du 10 avril 1832, relatif au bannissement de la famille Bonaparte, est abrogé. »
Dans la mémo séance, M. Rey proposa de réinîé-
COMMISSION EXÉCUTIVE
grer l’efflgie de Napoléon sur la croix de la Légion d'honneur et d'en supprimer la couronne.
Le 29, l’Assemblée refusa d’entendre la lecture d’une lettre adressée de Londres au président par Louis- Napoléon Bonaparte.
Le 2 juin, M. Piétri développa la demande relative à l’abrogation du bannissement de la famille Bonaparte :
a Les brigands de la Loire et leur chef furent frappés du même coup et par la même main, la main des ennemis de la France. On ne pardonna pas à Napoléon d’avoir été le défenseur héroïque du sol et de l’indépendance nationale, le représentant glorieux et le propagateur armé de la Révolution victorieuse à l’étranger. C'était là son crime, on frappa en lui la Révolution française....
« La Révolution de Février a donné raison à la prophétie de Napoléon, et tous les membres de sa famille ont salué avec enthousiasme l'ère nouvelle de la République.... »
M. Crémieux répondit : « La renommée de Napoléon, de quelque côté qu’elle brille, est éminemment populaire. L'histoire saura faire la part de la gloire de l’Empire et des attaques dirigées contre l’homme qui, après avoir été le favori de la Révolution française, a, dans plusieurs circonstances, et notamment pendant le cours de ses glorieuses victoires, porté des atteintes si graves à la liberté. (Marques d’assentiment.) Mais aujourd’hui la renommée de Napoléon reste comme un de ces souvenirs immenses qui s’étendent sur l’histoire