CHAPITRE PREMIER
à celte maxime de droit souverain qu'au pays seul, et par l’organe de ses représentants, il appartient do décider de la guerre ou de la paix. Ainsi réduite à ses limites constitutionnelles, empreinte de lu grandeur qui s’attache aux résolutions suprêmes, la question fut mise en discussion. Une seule séance no put suffire. Le 20, la délibération continua. Chaque membre du Conseil prit plusieurs fois la parole. Tous les arguments furent émis.
Je n’en exposerai ici que le résumé, ayant donné ailleurs un récit complet.
Fallait-il sauver l’Italie malgré elle? ou bien fallaitil attendre la défaite de l’armée piémontaise et l’appel probable et immédiat à l’intervention de la France? Là seulement était l’hésitation, l’intervention n’ayant jamais été mise on doute. Cette résolution, déjà prise parle Gouvernement provisoire, fut maintenue ; les moyens et l’opportunité de l’action donnèrent lieu à un examen approfondi.
Sauvcrl’Italie malgré elle ! En avait-on le droit? Si, dans un noble orgueil, voulant s’affranchir de ses propres mains, sans le secours de l’étranger contre l’étranger, tout entière, elle avait repoussé le concours de la France, pouvait-on le lui imposer? Déjà le projet hardi de franchir spontanément les Alpes avait été soumis par le Gouvernement provisoire à notre ambassadeur à Turin ; etM. Bixio avait répondu : « L'inter-
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vention imposée par la France ferait certainement sur l’Italie l’effet qu'a produit sur l’Espagne la surprise de 1808, et serait regardée par tous les partis comme un acte de déloyauté indigne de la France. Les forts de la Savoie sont armés, et les commandants se défendront avec énergie. » Si nos soldais rencontrent une résistance, un simulacre seulement de résistance, feront-ils feu sur les Italiens qu’on prétend secourir et sauver? Iront-ils ensuite se joindre à l’armée piémontaise, indignée, soulevée contre nous? Où serait l’accord nécessaire au succès? Nous qui protestions contre l’oppression, nous rapporterions avec nous l’oppression ! Le drapeau de la République ne cessera-t-il pas d'étre le symbole de la liberté, s’il couvre ce criminel abus de la force? Et les autres peuples de l’Europe, ne perdront-ils pas toute foi, tout espoir, en la loyauté de la France?
Ces arguments avaient d’autant plus de poids que Lamartine ne dissimulait pas les conséquences de l’affranchissement de l’Italie : la formation d’un royaume puissant, maître de tous les passages des Alpes ouverts sur la France, en vertu des traités de la seconde invasion, qui, plus tard, pourrait s’allier contre nous à l’Autriche où à l’Allemagne. Dès lors, il était impossible de consentir à la concentration de l’Italie, sans réclamer, ce qui d’ailleurs avait été maintenu par les premiers traités de 1814, une ligne de frontières, non offensive, mais défensive, assurant aux deux nations une réciproque sécurité. Dans une telle situation, notre intervention ne serait plus pour l’Europe