‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 5 sur 243 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

qu’un prétexte d’agrandissement, qu’une renaissance de l’esprit de conquête, que l’abandon du sentiment désintéressé de la solidarité des peuples. Ce serait réveiller toutes les préventions antifrançaises, raviver les accusations trop justifiées par les guerres ambitieuses de l’Empire; ce serait détruire cette force morale de la Révolution française, cette influence sur le monde, bien autrement grande et salutaire que celle qui, à une certaine époque, lui avait été acquise parles armes.

Ces considérations de moralité et de politique ne permettaient plus l’hésitation : il fallait attendre le cri de l’Italie après la défaite. Courir alors au secours d'une armée affaiblie, c'était, il est vrai, aller se heurter à une victoire plus difficile; mais la victoire n’en paraissait pas moins certaine; et le droit, quels que pussent être les résultats, n’était pas violé, et l’intervention devenait aussi légitime que la cause était juste et sacrée.

Pour soutenir cette politique, cette mission, Lamartine proposa de faire étudier par les ministres spéciaux l’organisation de 30fi bataillons de garde nationale mobile, qui porteraient nos forces à 832,000 hommes, appuyés par six millions de gardes nationaux sédentaires. La nation année serait invincible et pourrait se livrer à son œuvre, la délivrance des peuples.

Cette proposition fut acceptée par acclamation. Una-

COMMISSION EXÉCUTIVE

nimemcnt aussi il fut décidé que l’on attendrait le cri de l’Italie, appel très-prochain sans doute, qu’on poursuivrait les préparatifs avec activité, et qu’au premier signal on donnerait à l’armée l’ordre de franchir les Alpes.

Ces déterminations aussitôt soumises au Conseil des ministres, approuvées par lui avec enthousiasme, furent présentées à l'Assemblée le 23 mai; l’ordre du jour annonçait la discussion générale sur les affaires étrangères ; les représentants s'étaient empressés de se rendre à la séance.

Au milieu du plus profond silence, l’auteur des interpellations sur l’Italie, M. d’Aragon, déclare qu’il croit, après les événements de Vienne, devoir laisser à la Commission exécutive sa pleine et entière liberté. (Très-bien! très-bien !)

M. Woloxvski reprenant son discours sur la Pologne, interrompu le 15 mai par l’émeute, maintient que: a ce n’est pas contre l’Allemagne que nous devons agir pour sauver la Pologne ; c’est avec l’Allemagne que nous agirons pour accomplir ce grand devoir. »

M. Vavin propose de déclarer : a Les puissances allemandes ont, elles-mêmes, compris la nécessité de réparer la grande injustice du démembrement de la Pologne. L'Assemblée nationale, heureuse de voir le peuple allemand se réunir en assemblée souveraine,

Page 1