CHAPITRE DEUXIÈME
savants, aux artistes éminents, à tous les services réels, qu’aux individus qui n’ont eu pour mérite que la faveur. L’abus n’est que l’exception. Pourquoi donc généraliser? » L’appel ainsi fait à toutes les susceptibilités, les moins dignes se montrèrent les plus froissés.
L’expression était juste cependant, mais impolitique. En la prononçant, M. Clément Thomas avait cédé à l’entrainement d’une conscience vigoureusement républicaine. 11 n’avait pas pris garde que commandant général de la garde nationale, ce mot prenait une gravité particulière dans sa bouche et pouvait nuire à son influence officielle. Quand il s’en fut rendu compte, il s’empressa, dès la séance suivante, de donner des explications à l’Assemblée, et en même temps il offrit sa démission à la Commission exécutive. Ces explications loyales furent favorablement accueillies ; la Commission exécutive n’accepta pas une démission qui ne lui paraissait pas motivée.
L’Assemblée nationale avait frappé d’exil les Bourbons et voté le retour des Bonapartes ! Oubliant le coup d’état du 18 brumaire, les crimes de l’Empire, les désastres des deux invasions, elle ne voyait que la satisfaction de l’orgueil national dans les victoires, dans les défaites même de l’homme, guerrier de génie, qui, avec un art infini et jusqu’à sa dernière heure, s’était étudié et était parvenu à tromper l’histoire.
La haine de l’étranger, entretenue par de longues
«0 COMMISSION EXÉCUTIVE
guerres; le récit des combats, illustré par les historiens, parles poètes et les artistes ; le souvenir de luttes glorieuses, conservé par de vieux soldats et répandu partout dans les villes, dans les campagnes surtout; la solidarité du malheur; l’exil et la mort dans une île gardée par les Anglais et le repatriement des cendres par un roi imprévoyant, qui se laissait complaisamment appeler le Napoléon de la paix, avaient tout couvert de leurs illusions et obscurci la conscience du pays. L’aveuglement était immense.
Les Bonapartes, avec une habileté extrême et par des menées incessantes, s’attachaient à capter les sympathies. En toute occasion, dans l’Assemblée, hors de l’Assemblée, par leurs discours, par leurs écrits, par leurs conversations personnelles, ils protestaient de leur dévouement absolu à la République, leur libératrice, qui venait de les faire rentrer dans leur patrie ; ils recherchaient les représentants de l’extrême gauche et les membres les plus influents de la droite. Napoléon parlait socialisme et montagne avec les premiers, son père prêchait l’ordre avec les derniers. D’anciennes et rares entrevues, quelques relations fortuites de la reine Horlense et d’autres membres de la famille avec M. O. Barrot, les avaient rapprochés de ce chef de l’ancienne gauche, et ces liens avaient été resserrés par M. Abbatucci, leur ami commun. Le prince Jérôme affectait de lui demander des avis et de se laisser diriger par lui. Souvent il allait chez lui, à Bougival, exprimer la joie de son retour, la modestie de ses désirs, son besoin de repos après l’orage, l’ardeur de