CHAPITRE TROISIÈME
Menées monarchistes, ultra-républicaines et socialistes; double danger des Ateliers nationaux; série de mesures prises par la Commission exécutive. — Rachat des chemins de fer; exposé des motifcdu projet de loi lu par M. H. Duclerc; approbation des ouvriers, de la presse; renvoi, par l'Assemblée, au comité du travail ; décisions de l'Assemblée relatives aux ouvriers ; vote d'une enquête ; discussion et vote sur les conseils de prud'hommes; discussion sur la dissolution des Ateliers nationaux par les travaux des chemins; proposition de M. Léon Faucher, identique à celle du gouvernement, renvoyée au comité du travail ; demande de M. Falloux de substituer le travail b la tâche au travail à la journée, d'ouvrir des crédits pour la reprise des travaux en province et d'éloigner du département de la Seine les ouvriers des départements ayant moins de trois mois de séjour; discussion; adoption. — Paroles et attitude provocantes de certains représentants et de certains journaux. — Démission et départ de M. Em. Thomas; son remplacement par M. Lalanne. — Arrestations; menées. — Influence de Barbés. — Prétentions des clubs. — Menaces de la presse ; organisation d'un banquet 4 25 centimes. — Demande de poursuites contre Louis Blanc comme complice du 15 Mai: discussion à l'Assemblée; explications de M. Garnier-Pagès au nom de la Commission exécutive; ordre du jour pur et simple. — Démissions de MM. Portalis, Landrin, Crémieux et Jules Favre. — M Bethmont, nommé ministre de la justice. — Lettre de Georges Sand sur cette affaire de Louis Blanc.
Les partis monarchistes visaient, par tous les moyens dont ils pouvaient disposer, par la presse, les affiches, la tribune, les clubs, tes agitations des rues, au renversement de la Hépublique. Pourquoi l’auraicnt-ils
COMMISSION EXÉCUTIVE
respectée? Ils haïssaient cette forme de gouvernement, négation absolue de leurs traditions, de leur foi, de leurs espérances. Ils avaient horreur du suffrage universel et de la masse populaire, qu’ils qualifiaient de vile multitude. Ils tenaient pour synonyme la démocratie et la démagogie, la République et l’anarchie, la Révolution et la destruction.
Pour miner, ébranler, renverser l’édifice détesté, chacun d’eux, agissant isolément, restait faible; associant leurs elforts, ils devenaient puissants. Les chefs comprenant cette tactique avaient, par leur habile groupement dans le cercle de la rue de Poitiers, acquis la possibilité d’agir à leur gré, soit ensemble, soit séparément. Empruntant leur justification à leurs intentions mêmes, qu’ils paraient de mots sacrés : l'ordre, la famille, la propriété, ils se livraient sans scrupule et par tous les moyens à la destruction de ce qu’ils appelaient le mal, afin d’y substituer ce qu’ils appelaient le bien ; ils s’attribuaient le droit de louvoyer avec une situation née, suivant eux, d’une surprise, d’une catastrophe. Leur sujétion à la République les irritait passionnément, d’autant plus qu’ils se voyaient forcés d’affecter une apparente résignation à son maintien ; et l’explosion de leur haine, en traits insultants, leur semblait plus que motivée par ce qu’ils appelaient l’escamotage du pouvoir par le peuple de Paris improvisant un gouvernement le 24 février.