CHAPITRE TROISIÈME
Certes, les partisans des trois dynasties auraient dû respecter au moins l'Assemblée nationale, issue du suffrage régulier de la nation, et dans laquelle ils occupaient une large place, et tolérer la Commission exécutive, déléguée de cette Assemblée; cependant leur opposition pouvait se comprendre, s’expliquer par leur impatient et fiévreux désir d’une autorité qu’ils croyaient être dans des mains, ou inexpérimentées, ou inhabiles, ou mauvaises, oui ! cette opposition pouvait se comprendre.
Mais ce qui était inexplicable, c’était, de la part de certains républicains avancés (et parmi eux je n’entends point parler de ces flibustiers qui se couvrent de tous les masques), l'acharnement à saper sans trêve ni merci les fondements de la République non encore consolidés, ébranlés par les partis dynastiques. Nulle mesure du Gouvernement, quelle qu’elle fût, ne trouvait grâce auprès d’eux. A la suite du 15 mai, leurs journaux étaient surexcités de toute la colère que peut susciter une fausse manœuvre, une défaite'. Ils se déchaînaient follement. C’étaient des clameurs, des outrages, non- seulement contre les hommes aux 25 francs, les commis du peuple, mais encore contre la représentation universelle et directe de la nation, contre l’Assemblée constituante; non-seulement contre MM. Arago, Lamartine, Marie, Garnier-Pagès, mais encore contre MM. Ledru-Rollin et Flocon. Ils
COMMISSION EXECUTIVE
semblaient prendre plaisir à démolir les soutiens les plus fermes de la République, à biffer les noms les plus renommés de la démocratie, à annihiler les influences les plus utiles à la Révolution.
La Vraie République de Thoré et de Pierre Leroux disait : « Nous nous rappelons que M. Arago fut avec Ledru-Rollin un appui de La Réforme en des temps difficiles. Louis Blanc aussi était avec eux parmi les chefs de la démocratie sociale. Comment se fait-il qu’aujourd’hui ces trois hommes soient à trois degrés de politique: l’un presque proscrit, l’autre jouant une partie inexplicable, le troisième muet, et les deux derniers couvrant de toute l’autorité de leur nom des manœuvres incompréhensibles, et la préparation d'un désastre irréparable? Et Flocon, quefait-ilà se prélasser dans son ministère, pendant que ses amis et ses collègues sont à Vincennes, pendant que les contre-révolutionnaires sont les maîtres de la situation?...
' a Et les représentants du peuple qui portent dans leur cœur l’amour de la patrie et les sentiments de la justice et de l’avenir, que font- ils à l’Assemblée? Comment! depuis trois semaines, on n’a pas entendu un de ces hommes jeter quelque cri de conviction à la France étourdie ! Il y a là pourtant quelques hommes. ... Que font-ils tous? Rien! rien! »
Et, rendant la Commission exécutive responsable des arrestations du 15 mai, conséquence forcée de leur propre faute, La Vraie République et Le Représentant du peuple adressaient cette apostrophe aux hommes du Gouvernement du 24 février :