CHAPITRE TROISIÈME
« Prendre parmi les combattants de février un jeune ouvrier intelligent, brave, loyal... pour flatter le peuple, et le déporter avec un autre jeune homme dans un palais loin de l’Hôtel de Ville, en leur laissant à tous deux le prolétariat affamé sur les bras... à bercer, à endormir, à magnétiser... Se fortifier pendant ce temps-là par l’intrigue, par les mensonges, par les ambitions satisfaites, par l’armée de Paris, parle jésuitisme religieux et politique, par le fanatisme imbécile de ceux qui croient qu’il suffit de l’ordre dans les rues de Paris pour que la production et la circulation reprennent un cours régulier et normal.
a Puis, quand on se sent fort de tout l’appui de ses adversaires trompés, rejeter loin de soi, dans l’enfer social, ces pauvres diables qui ont combattu pour vous donner le pouvoir, les places, les sinécures, les beaux hôtels, les beaux ministères, etc., etc.
« Briser d’un seul coup les deux défenseurs du prolétariat, après les avoir mis dans l’impossibilité absolue de réaliser le bien.
a Et quand ces hommes désespérés se plaignent de ce qu’on a abusé de leurs noms pour tromperie peuple. ..
a Ameuter contre eux la garde nationale et le peuple !...
« Les saisir, les arrêter, eux, hier encore les membres du Gouvernement provisoire....
« Et jeter le prolétaire Albert, l’ouvrier du Gouvernement de février, dans le donjon de Vincennes !
« Gomment tout cela peut-il s’appeler dans la langue française, dites? »
Je n’ai pas choisi les articles les plus haineux.
Ces dispositions hostiles de tous les partis, leur animosité croissante, leurs trames pour s’emparer de la République, ou pour la dominer, rendaient plus menaçants et plus dangereux les Ateliers nationaux. Ces ateliers étaient devenus un élément redoutable d’insurrection, soit par leur dissolution précipitée, soit par leur conservation prolongée. Jeter les ouvriers brusquement, brutalement sur le pavé des rues, sans salaire, sans travail, sans subsistance, c’était infailliblement provoquer la guerre civile, la guerre civile la plus horrible, celle qui a pour cause, ou pour prétexte, le pain quotidien, l’aliment du travailleur et de sa famille. Maintenir indéfiniment ces ateliers, c’était entretenir, sans nul espoir de repos, l’anxiété de tous, retarder la solution si ardemment cherchée, mais encore introuvée, du problème du travail, laisser un pernicieux moyen de grève aux ouvriers, alors qu’ils réclamaient illogiquement une augmentation de salaire à des fabricants aux abois, qui ne pouvaient la leur concéder, puisqu’ils ne pouvaient augmenter proportionnellement le prix de vente de leurs produits.
Inconscients, sans doute, du mal qu’ils pouvaient faire, les uns allaient provoquer avec une persistance aveugle et funeste cette dissolution immédiate, les autres se préparaient à combattre pour le maintien indéfini.