CHAPITRE TROISIÈME
choisis, moitié par les ouvriers, moitié par les marchands-fabricants. — Les contestations seraient soumises à la chambre du conseil, composée, en nombre égal, de prud’hommes appartenant à la profession de chacune des parties contestantes.
Ainsi, par ce décret prudent et juste, l’égalité fut rétablie entre les ouvriers et les patrons, le droit redressé sur sa vraie base -.l’identité des positions sociales. La justice n’aurait plus deux poids et deux mesures. La conciliation ne serait plus entravée par l’antagonisme des arbitres-juges. Pour compléter l’harmonie, la présidence du conseil serait dévolue tour à tour aux uns et aux autres.
Plusieurs membres de l’Assemblée cherchaient la solution, comme le Gouvernement, dans l’exécution des chemins de fer. Seulement, au lieu de procéder par une loi d’ensemble, ils voulaient agir par lois spéciales.
M. Emile Martin proposa, comme mesure d’urgence et moyen d’abolir les ateliers de Paris, de Lyon et de Marseille, un arrangement avec les compagnies des chemins de Lyon et de Marseille, pour la reprise immédiate des travaux.
M. Léon Faucher demanda — 24 mai — un crédit de 10 millions pour faire d’urgence de nouveaux travaux de terrassement sur les chemins de fer de Paris à Strasbourg, de Chartres à Rennes, d’Orléans à Bourges, et du Centre, « et pour diriger sur les chan-
tiers de terrassement, avec feuilles de route, les ouvriers des Ateliers nationaux non originaires de Paris. »
Les développements de cette proposition par un député de la droite résument nettement les plaintes, les appréhensions que soulevaient les Ateliers nationaux, et la possibilité d’une solution par les travaux des chemins de fer :
a Les Ateliers nationaux formés au sein et autour de la capitale, après avoir otîert une ressource nécessaire aux travailleurs dans la suspension à peu près générale de l’industrie et du commerce, en sont devenus la plaie. Ils présentent aujourd’hui le plus grand obstacle à la reprise du travail.
« Les Ateliers nationaux épuisent les finances de l’Etat: cent vingt mille ouvriers, à 1 fr. 50 par jour, entraînent une dépense de 180,000 fr. par jour, de 4 millions et demi par mois, et de 54 millions par année...
«... Cette dépense énorme de forces et d’argent est absolument improductive... Les ouvriers eux-mèmes, il faut le dire à leur honneur, condamnent ce labeur ingrat, qui n’a pas même le mérite de déguiser l’aumône. Ils se trouvent humiliés de gagner le pain de l’État sans le gagner.
« Non-seulement les Ateliers nationaux n’accomplissent aucun travail utile, mais ils concourent à désorganiser les travaux de l’industrie privée. Tant qu’ils conserveront ce caractère, ils agiront moins comme un refuge aux bras sans emploi que comme une prime offerte à la paresse et à l’inaction... Tous les ouvriers