CHAPITRE TROISIEME
tion présente : ne laissez pas s’étendre cette lèpre du paupérisme qui vous dévore; ne permettez pas que l’on transforme en lazzaroni les honnêtes et laborieux ouvriers de la capitale ; et que tous ceux qui ne trouveront pas de place dans les cadres de l’industrie libre soient du moins enrégimentés dans l’armée pacifique des travaux publics. (Très-bien! très-bien! — Appuyé!) »
Celte proposition fut renvoyée unanimement au comité du travail. Le renvoi simultané au comité des finances, demandé par M. Ducos, futrejetté. M. Léon Faucher le combattit vivement. La composition du comité des finances, bien connue de lui, et dont je parlerai plus tard, lui en faisait-elle prévoir l’hostilité contre sa proposition identique au projet du gouvernement?
Le 29, au nom d’une sous-commission du comité, M. Falloux lut à l’Assemblée un rapport fort étendu, qui avait pour but de substituer le travail à la tâche au travail à la journée, d’ouvrir des crédits spéciaux pour hâter la reprise des travaux départementaux, communaux et d’industrie privée, d’éloigner les ouvriers séjournant depuis moins de 3 mois dans le département de la Seine et munis de feuille de route et d’indemnité de voyage. Dans sa bouche, la critique devient plus acerbe, les reproches plus amers, les attaques plus vives; il assombrit encore une situation bien sombre
COMMISSION EXECUTIVE
déjà. La justice qu’il semble rendre aux bonnes intentions des gouvernants et aux nécessités de la création des Ateliers nationaux ne sert qu’à mieux faire ressortir les funestes conséquences qu’il déduit de cette création :
« L’institution des Ateliers nationaux a été conçue dans des vues auxquelles tous les bons citoyens ont applaudi. Mise en œuvre par des hommes dont lo dévouement est justement apprécié, cette mesure cependant n’a pas tardé à perdre le caractère élevé et salutaire qu’on avait voulu lui imprimer d’abord; l’inquiétude publique en a promptement signalé les inconvénients... Nous venons, sans que le blâme qui doit tomber aujourd’hui sur les vices de l’institution atteigne, dans notre pensée, ni ses premiers fondateurs, ni scs coopérateurs actuels, vous demander, avec netteté et franchise, des réformes devenues indispensables.
« Destinés à fournir du travail aux ouvriers forcément inoccupés, les Ateliers nationaux n’alimentent plus que des ouvriers oisifs...
« ... Ils font dégénérer le salaire en une aumône sans dignité.
«... L’inaction n’y est plus la conséquence d’une organisation improvisée et défectueuse; elle y est devenue systématiquement hostile au travail lui-même. Les ouvriers, qui y entrent avec les intentions les plus droites, y sont promptement circonvenus, subjugués ou en butte aux plus mauvais traitements. L'oisiveté y est devenue une doctrine qui règne par la violence, là où elle n’a pu pervertir le cœur et l’intelligence. La