CHAPITRE TROISIÈME
loi faite au camarade s’impose ensuite au patron...
« Si l’on s’étonne que la modique paye des Ateliers nationaux suffise pour entretenir dans cette résistance un si grand nombre d’ouvriers ayant un intérêt manifeste à accepter une rémunération plus élevée, nous devons déclarer que cette objection ne repose plus que sur une donnée absolument trompeuse. La rapidité avec laquelle les Ateliers nationaux ont dù être organisés, la comptabilité sommaire qui a dû s’y introduire, la latitude laissée aux enrôlements, la complicité des logeurs, l’impossibilité pour les maires de constater avec quelque certitude la situation des individus qui sollicitaient, au nom d’une souffrance impérieuse, les certificats d’admission, l’impossibilité de constater l’identité des individus, ont promptement amené une infaillible dilapidation de deniers. Il arrive qu’un seul individu touche la même paye sous des noms différents. Des individus exerçant un métier lucratif vont, au jour et à l’heure de la solde, toucher un salaire. Il arrive enfin que quelques-uns des brigadiers euxmêmes , chargés de la surveillance des allocations, commencent par s’y adjuger une part notoirement scandaleuse.
« L’ouvrage ne doit pas cesser subitement dans les Ateliers nationaux ; nous voulons, au contraire, qu’il y renaisse...
a Les Ateliers nationaux ne sont plus aujourd’hui, au point de vue industriel, qu’une grève permanente et organisée à 170,000 francs par jour; au point de vue politique, un foyer actif de fermentation mena-
COMMISSION EXÉCUTIVE
çante; au point de vue financier, une dilapidation quotidienne et flagrante ; au point de vue moral, l’altération la plus affligeante du caractère si glorieux et si pur du travailleur, orgueil et force de la République, lorsqu’il s’appartient à lui-même et qu’il obéit à ses propres penchants. »
M. Falloux conclut par la lecture du projet.
Dès le lendemain, sans délai, cette périlleuse et multiple question des Ateliers nationaux est livrée aux débats parlementaires.
MM. Paul Sevaistre et Grandin cherchent dans des chiffres la preuve que beaucoup d’ouvriers abandonnent le travail des ateliers privés, où le salaire est élevé, pour se réfugier dans les Ateliers nationaux, où le salaire est minime, afin de faire la loi aux patrons, commerçants, manufacturiers, qui ne savent plus où poser leur tête.
MM. Joigneaux et Benoit désirent que l’on soit moins dur envers les nécessiteux, contestent le droit de renvoyer dans les départements les citoyens sans ouvrage, et réclament pour eux des terres incultes, dont la distribution favoriserait un développement considérable de l’industrie agricole. Cette proposition, fait observer le ministre du commerce, rentre dans le projet de loi proposé par le Gouvernement sur la création de colonies agricoles.
MM. Michot et Raynal protestent contre les accu-