CHAPITRE TROISIÈME
sations de refus de travail adressées aux ouvriers. M. Raynal se plaint de voir se produire à la tribune un sentiment, une excitation de lutte entre patrons et ouvriers, qui, les uns et les autres, ont le même droit à exposer leurs plaintes et doivent éveiller la même sollicitude. Il réserve à la Commission exécutive l’initiative des mesures : « Si elles nous paraissent mauvaises, nous les combattrons; si elles sont bonnes, nous les adopterons. »
M. Brunet demande l’organisation productive d'ateliers nationaux permanents.
M. Grandin , après avoir dégagé ses intentions de tout intérêt personnel, attaque le Gouvernement, où il ne voit ni cette fermeté, ni cette abnégation de soimême, qui portent à périr pour la chose publique, s’il le faut.
M. Flocon l’interrompt : « Nous avons combattu, nous avons risqué notre vie pour la chose publique. »
M. Grandin ne nie pas le bien dans le passé; il avoue qu'il a lui-même reçu, pour l’industrie de sa ville et la sienne, le concours du Gouvernement; il affirme qu’il ne veut pas solder, par l’ingratitude, la dette de la reconnaissance; mais il doit parler lorsqu’il s’agit du salut du pays; et il se plaint « de la mollesse de direction , de l’indécision politique , qui perpétuent un état de choses fâcheux et empêchent la confiance de renaître »
Le ministre des travaux publics établit une distinction en faveur du plus grand nombre des ouvriers, qui font de grands sacrifices, qui partagent entre eux les
uo
COMMISSION EXÉCUTIVE
salaires gagnés par quelques-uns seulement, qui aident leurs patéons; et il les sépare d’une minorité d’agitateurs. Il reconnaît que dans les Ateliers nationaux , parmi les travailleurs égarés, il existe des malfaiteurs ; mais ce ne sont pas de véritables ouvriers. 11 lit une adresse de travailleurs, qui protestent énergiquement contre les sentiments hostiles qu’on leur suppose.
Après l'examen des articles, l’Assemblée vote le projet dans son ensemble.
Dans le cours de cette discussion, où se jouaient la vie de l’ouvrier et le salut de l'Etat, il avait été dévoilé des faits vrais, de graves abus, tout le monde l’avait reconnu ; mais les récriminations de certains orateurs avaient été excessives et impolitiques. Les mots malsonnants et injustes d’aumône déguisée, étaient bien faits pour froisser la majorité des travailleurs, qui n’éprouvaient aucune humiliation à recevoir de l’Etat, auquel ils payaient l’impôt. La nécessité des Ateliers nationaux, secours instantané et provisoire aux ouvriers inoccupés, était avouée mémo par les plus hostiles. C’était donc avec une entière prudence qu’il fallait procéder et non point eu termes provocateurs. Il fallait bien se garder de jeter l’huile sur le feu; et pourtant il semblait que ce fût à plaisir que certains hommes, par affectation de courage, par emportement, aveuglement, entraînement ou conviction, épanchaient à flots l’invective et l’injure.