‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 58 sur 243 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Tuileries, des cadavres sur lesquels on avait placé des écriteaux, avec cette épithète : Voleur !

a Vous qui ne savez pas ce que c’est que la misère , vous nous reprochez les 23 sous par jour qui nous sont donnés par l’Etat. Nous ne les gagnons pas, dites-vous ; eh! mon Dieu, nous le savons aussi bien que vous, et c'est là ce qui nous désespère, car vous ne savez pas, vous, riches, ce qu’il en coûte à des ouvriers honnêtes, habitués à gagner leur vie par le travail, d’aller, pendant toute la journée, s’exposer aux rayons d’un soleil brûlant, pour toucher le prix d’un labeur qu'ils n’ont nas fait. Mais il faut manger, il faut secourir sa famille, et la faim, celte terrible ennemie du pauvre, nous enchaîne à celte humiliation, jusqu’à ce que nous puissions retourner dans nos ateliers respectifs.

« Nous protestons de toute notre force contre les odieuses calomnies que vous répandez sur notre compte. Nous vous prions et au besoin nous vous enjoignons, etc... »

De cette protestation, Le Constitutionnel n’inséra que la dernière partie, avec rétractation.

Le ministre des travaux publics s’étudiait, suivant les prescriptions de la Commission exécutive, à arrêter le nombre toujours grossissant des inscrits sur les registres des Ateliers nationaux. Il en avait demandé le total

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Il* COMMISSION EXÉCUTIVE.

au directeur, M. Emile Thomas, qui lui avait transmis le nombre de 90,000, dont il avait rendu compte au Conseil. Peu après, M. Trélat apprenait que, malgré les ordres absolus de la Commission, ce nombre était porté à 95,000, puis à 100,000, enfin, — 26 mai — à plus de 115,000. Péniblement impressionné par cet accroissement continu, mécontent des opiniâtres résistances - faites à ses instructions, inquiet des menaces adressées au directeur, préoccupé de certains bruits, déjà publics, sur des irrégularités des feuilles de paye, il communiqua ses appréhensions, pendant la séance du 26 mai, à M. Garnier-Pagès. M. Garnier-Pagès, aussitôt et sur l’avis du Préfet de police, l’autorisa spontanément à demander à M. Emile Thomas sa démission, sinon à le révoquer.

Si M. Emile Thomas avait commis des fautes, il avait rendu des services réels ; dans les journées tumultueuses, il avait exercé sur les ouvriers une influence salutaire. Il parut bon de ne pas le méconnaître. Mais ne pouvait-on craindre, que dans l’état incandescent des Ateliers, il ne se laissât entraîner à exprimer son mécontentement dans le club de ces Ateliers, qu’il présidait, et à y provoquer une émeute, un soulèvement ? Il était imprudent de courir cette chance redoutable et d'exposer la sécurité du pays aux témérités d’un homme jeune, capable et ambitieux. Il fut réservé au ministre d’agir envers lui suivant les nécessités du moment, et après l’avoir entendu. Le soir même, M. Trélat eut une explication avec lui, obtint sa démission, et lui fit accepter la mission d’organiser les travailleurs dans les

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