CHAPITRE TROISIÈME. H
landes de Bordeaux. Il exigea son départ instantané, et le fit accompagner.
Ce départ précipité donna lieu à des murmures parmi ses amis des Ateliers et parmi ses jeunes camarades de l’Ecole centrale ; à des plaintes, à des protestations réitérées de la part de M. Emile Thomas luimême, qui accusa le ministre et le Gouvernement de mesures arbitraires ; enfin à des griefs formulés par M. Taschereau devant l’Assemblée qui, sur les renseignements donnés par le ministre, passa à l’ordre du jour.
Le lendemain, "27, M. Emile Thomas fut remplacé par M. Lalanne, ingénieur des ponts et chaussées, qui ne recula pas devant cette difficile succession.
A ces causes incessantes d’agitation — menées des partis et Ateliers nationaux — venaient se joindre, pour les aggraver encore, les nécessités de la répression.
M. Huber arrêté puis mis en liberté, M. Blanqui dont l’arrestation avait été annoncée et qui avait su se soustraire à toutes les recherches, M. Flotte détenu à la Préfecture de police et délivré, quelques autres excitateurs et promoteurs atfectaient de se jouer des poursuites du Gouvernement. Ils écrivaient à la presse des lettres ironiques ou proxoeantes, pour rectifier certains faits ou susciter de nouveaux troubles. Il en était qui, exploitant le nomde Blanqui, cherchant à dépasser l’âcreté de son style et ses colères, adressaient aux
COMMISSION EXÉCUTIVE
journaux des conseils insensés et dissolvants, dont la presse anti-républicaine se faisait avidement l'ècho. Il ne s’agissait de rien moins que de réduire à une banqueroute générale, par des émeutes successives et non interrompues, l’industrie, le commerce, la banque, l’État. Moyen de destruction, disaient-ils, bien autrement sûr et efficace qu’une bataille dans les rues ! Et la Commission exécutive était accusée de tiédeur dans la répression, et la police d’impuissance.
Mais bientôt M. Blanqui fut livré par un de ses affidés : il fut arrêté le 26 mai, à six heures du soir, rue Montholon, chez un ami, au momentoù il allait se met tre à table, et conduit directement au fort de Vincennes. MM. Lacambre et Flotte furent également saisis peu de jours après, sans faire aucune tentative de résistance.
Parmi les prisonniers de Vincennes, Barbés entraîné par une haine fondée contre Blanqui dans un mouvement qu’il désapprouvait au début, était celui qui conservait le plus de sympathies^ même parmi ses adversaires. Il le devait à son caractère loyal et chevaleresque, à ses convictions profondes, à son courage, à sa longue détention. Il n’hésitait jamais à assumer la responsabilité de ses actes, surtout lorsqu’ils étaient imputés à ses amis qu’il s’agissait de justifier. Il déclarait que c’était malgré la résistance énergique du colonel Rey qu’il avait pénétré dans l’Hôtel- de- Ville; que c’était lui-même qui avait prononcé les paroles révolutionnaires que l’on prêtait à Louis Blanc. Le cœur du peuple qui voyait en lui un des plus fervents détenseurs de ses droits lui était entièrement acquis.