‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 61 sur 243 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

quai aux Fleurs au moment où ils venaient d'être arrêtés à l’Hôtel-de-Ville, faisaient supposer à ces magistrats qu’il avait, sinon provoqué, du moins approuvé leur tentative. Peu à peu ces présomptions furent pour eux une conviction, et ils crurent devoir intenter des poursuites contre lui.

M. Louis Blanc était représentant , il avait été membre du Gouvernement provisoire. Par cela même, le fait prenait un caractère spécial de gravité. Il fallait demander à l’Assemblée nationale l’autorisation de poursuivre, en référer au ministre de la justice, en aviser la Commission exécutive.

Le 31 mai, le ministre de la justice, le procureur général et le procureur de la République furent introduits devant la Commission exécutive.

Après la lecture du rapport de M. Grémieux et celle du réquisitoire de M. Portalis, a la Commission demande au procureur général et au procureur de la République s’il résulte, pour eux, de l’instruction dont la Commission ne connaît pas les détails, qu’il y ait des présomptions assez graves pour motiver l’autorisation de poursuivre. — Le procureur général déclare que tel est son sentiment ; qu’il croirait manquer à son devoir s’il ne poursuivait pas ; que ce devoir est pour lui si impérieux que, dans le cas où la Commission du pouvoir exécutif croirait devoir adopter un sentiment contraire, il se verrait dans la nécessité d’offrir sa démission. La Commission, après en avoir délibéré, décide qu’il ne lui appartient pas d’entraver le cours de la justice. » — (Procès-verbal

COMMISSION EXÉCUTIVE

de la séance du 31 mai de la Commission exécutive.)

MM. Portalis et Landrin se rendent immédiatement auprès de l’Assemblée nationale. Le bruit se répand rapidement de l’importance exceptionnelle de la communication qu’ils apportent et dont le président va donner lecture. Chaque député s’empresse de reprendre sa place. Un mouvement général et prolongé annonce la curiosité publique. Au milieu du silence le plus profond, le président lit le réquisitoire, qui base la demande d'autorisation de poursuites sur ce considérant principal : « ... Que ledit citoyen Louis Blanc, de son aveu, a parlé deux fois au peuple qui avait envahi le palais de l'Assemblée : une fois à la fenêtre du péristyle, où il était accompagné des citoyens Barbés et Albert; et une deuxième fois sur une chaise, dans la salle des Pas-Perdus, et qu’à la suite de ces deux allocutions, il a été porté en triomphe par les rebelles dans l’enceinte de l’Assemblée.

a Considérant que, dans la salle des séances et pendant le tumulte, Louis Blanc a pris la parole et a dit notamment : Je vous félicite d'avoir reconquis le droit d'apporter vos pétitions à l'Assemblée ; désormais on ne pourra plus vous le contester , ce qui a été entendu par quatre représentants qui en ont déposé.

«... Sans qu’il soit besoin d’apprécier les autres circonstances incriminées et imputées à Louis Blanc, et sans qu'il soit besoin de déterminer d’une manière

Page 1