CHAPITRE TROISIEME. J
pie a précisément pour objet de garantir l’Assemblée de ce double fléau. Il ne faut pas que les majorités, abusant de leur force, puissent jamais décimer les minorités incommodes, en arrachant de leurs sièges de redoutables contradicteurs. Il serait aussi excessif, aussi dangereux que cette tyrannie , mise au service de haines individuelles, s’associât à ces idées de vengeance... Mais, messieurs, la commission vous apporte ici l’expression d’une conviction profonde. »
Le lendemain, lorsque la question est mise à l’ordre du jour, le président, M. Sénard, annonce qu’un grand nombre de représentants demandent qu'il n’y ait pas de discussion sur le rapport ni sur les conclusions de la commission, afin de ne rien faire préjuger de la décision de l'Assemblée et des arrêts de la justice.
A cette proposition insolite, les rumeurs éclatent de toutes parts. Une voix s’écrie : « Mais c'est une infamie! » Une autre voix : « Ce serait le précédent le plus dangereux que l’on pût établir! »
Ceux qui ont fait cette demande reculent devant ce soulèvement d’opinions et n’osent l’appuyer.
La discussion commence par un discours de M. Mathieu (de la Drôme contre) les conclusions de la commission.
MM. Larabit, Laurent (de l'Ardèche), Bac, successivement, viennent ajouter des arguments, des principes et des faits dans le meme sens.
COMMISSION EXÉCUTIVE
La répétition des mêmes idées, bien loin de fatiguer l’attention de l’Assemblée , semble accroître son intérêt.
M. Louis Blanc reparaît à la tribune; mais, au lieu du discours que l'on altend, c’est une simple déclaration qu’il énonce : il ne veut pas se défendre; il se contente d’affirmer « qu’il n’est point allé à l’Hôtel-de-Ville. » Personne n’étant inscrit pour appuyer les conclusions, le rapporteur réplique aux divers orateurs et résume la pensée de la commission :
« ... Encore une fois, ce que nous vous demandons, ce n'est pas un jugement, ce n’est pas une mise en prévention, ce n’est pas une mise en accusation, à bien plus forte raison, ce n'est pas une mise en arrestation; et il me semble que la commission s’est exprimée, dans son rapport, dansdes termes tels qu'à ce point de vue la conscience de l'Assemblée doit être rassurée. Mais, placés entre ces deux écueils, ou bien d’entendre dire autour de nousquel’ Assemblée nationale, sachant très-bien que la poursuite ne cachait aucune pensée de tyrannie politique, n’a pas voulu cependant que la poursuite eût son cours, et qu’elle a ainsi, par le fait de sa souveraineté, étouffé la lumière, et cet autre danger de voir un de nos collègues livré aux hasards d’une information mal fondée, nous avons pris le parti qui laisse tout entier le droit et la dignité de l’Assemblée au bénéfice de la vérité... »
Le rapporteur, écartant habilement toute pensée politique de persécution, avait réduit la question à sa plus grande simplicité, à une enquête purement judiciaire.