CHAPITRE QUATRIÈME
Le club s était réuni dans l’après-midi. M. Boulage écrit au ministre que sa présence y serait utile. M. Trélat s’y transporte aussitôt. L’affluence est grande. Les 1,400 membres du club, délégués et brigadiers, y sont accourus. Leur attitude fait présager une séance orageuse.
A son entrée, le ministre est accueilli par des murmures. De toutes parts lui sont lancées des interpellations, à travers mille confuses clameurs. Les menaces l’entourent. M. Trélat se débat contre les intentions hostiles, mais il ne peut les dominer. Il sent que, sans être retenu, illui est cependant impossible de se retirer; il n’entrevoit pas d’issue à cette scène qui ne fait que se prolonger; ce n’est pas l’insurrection, mais c’est plus que l’insoumission.
La Commission exécutive reçoit avis de cette position dangereuse. Persistant dans son système si heureusement employé le 15 mai, elle prescrit un grand déploiement de forces. Ordre est donné au ministre de la guerre de diriger immédiatement sur Monceaux 3 régiments de ligne, 10 bataillons de garde nationale, 10 bataillons de garde mobile. Ils entoureront le parc, étoufferont le mouvement s’il éclate, sans lui laisser le temps de tourner à la lutte. Mais bientôt elle apprend que les bons sentiments ont maîtrisé les mauvais, que le ministre est parvenu à s’emparer des esprits, qu’il a pu se retirer, et elle fait donner contre-ordre partout.
Le lendemain, M. Lalanne avait pris la direction des Ateliers nationaux, et s’était fait reconnaître sans opposition aucune. Invité à prendre la présidence du club, il s’était rendu à la séance et avait reçu le meil-
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leur accueil. Il écrivait à la Commission exécutive : a La soirée d’hier (28), depuis la visite de MM. Garnier- Pagès et Pagnerre, et la nuit ont été parfaitement tranquilles dans l'intérieur du domaine de Monceaux J’ai tout à faire ici; soutenu par vous, j’espère réussir : »
Si le calme était revenu à Monceaux, ou du moins l'apparence du calme, les troubles ne faisaient que croître au dehors.
Des attroupements de plus en plus considérables et persistants se concentrent aux Portes Saint-Martin et Saint-Denis. Les rapports de police sont explicites : a. 29 mai. — A la Porte Saint-Denis, la circulation s’est trouvée interrompue ; les patrouilles de la garde nationale ont à plusieurs reprises traversé le rassemblement, mais il se reformait aussitôt que la patrouille était passée ; ces groupes d’ailleurs ont été assez calmes, on n’a eu ni accident ni désordre à déplorer. »
« 28 mai. — J’apprends que les ouvriers des Ateliers nationaux sont convoqués pour se réunir demain, à sept heures, sur plusieurs points et particulièrement à la barrière Saint-Mandé, dans le but de porter à l’Assemblée nationale une pétition, par laquelle ils demandent que l’organisation actuelle des Ateliers nationaux soit maintenue. — On va jusqu’à dire que, s’il n’est pas fait droit à leur pétition, leur manifestation pourra se terminer par des actes hostiles. — On doit se réunir sans armes, mais on s’en procurera au besoin... »