‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 76 sur 243 · CHAPITRE QUATRIÈME. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. H

réel, d’un dévouement éprouvé, les autres aux prétentions non justifiées, étalaient leurs candidatures, couvrant les murs de leurs noms, remplissant les journaux de leurs professions de foi ! Chacun usait librement de son droit, sans hésitation, sans restriction, sous ce Gouvernement de tous par tous, et ceux-là mêmes, qui avaient été ou qui étaient les plus chaleureux adversaires du suffrage universel, s’y ralliaient et l’acceptaient avec le plus d’empressement.

Jamais peut-être les opinions ne furent plus variées, plus radicalement opposées, avec les mille nuances intermédiaires. Le résultat du scrutin devait être étrange.

Au premier rang se présentait M. Caussidière. Il avait eu la hardiesse et l’habileté, en donnant sa démission de préfet de police, de donner aussi sa démission de représentant. Il venait demander au peuple de Paris l’approbation ou le blâme de sa conduite. Il y avait dans cette résolution, dans cet appel à l’opinion publique, une loyauté, une netteté d’action, qui séduit toujours les masses et qui lui préparait un favorable accueil. Il parcourait tous les clubs sans distinction; et partout son altitude à la tribune, originale sans affectation, hardie sans vanité, sa manière de dire pittoresque et passionnée, ses élans qui s’élevaient jusqu’à l’éloquence, qui descendaient jusqu’à la trivialité, un mélange de bonhomie et d’audace, lui gagnaient l'attention, et

ISO COMMISSION EXÉCUTIVE.

presque partout des approbateurs, dcsapplaudissements. Ses discours élaient ordinairement le développement de sa pensée, qu’il avait si singulièrement formulée que, « dans les convulsions des premiers jours de la Révolution, il avait été obligé de faire de l’ordre avec du désordre. »

Par son passé, par ses tendances persévérantes, par ses relations fidèlement et soigneusement entretenues avec ses anciens camarades des sociétés secrètes, avec les rédacteurs des feuilles socialistes, avec le comité du club des clubs et avec les principaux chefs du parti, les sympathies actives de tous les démocrates ardents lui étaient assurées, et son nom figurait en tête de toutes leurs listes.

La politique, ou plutôt la tactique, allait lui rallier, dans les camps opposés, le concours d’hommes habiles, exploiteurs momentanés de sa personnalité, intimement résolus à le persécuter plus tard.

Non-seulement M. Caussidière se défendait de toute participation à la journée du 15 mai , mais encore il faisait remonter jusqu’à la Commission exécutive la responsabilité de son inaction personnelle. Dans de longs exposés, répétés avec empressement par tous les journaux monarchiques, il affirmait être resté sans une instruction, sans un ordre du Gouvernement; s’il en avait reçu, il aurait assurément dominé la démonstration. Pour réfuter ses assertions, le Gouvernement n’eut qu’à citer les faits pris dans le Moniteur. Mais que lui importait cet irréfutable démenti? N’était-il pas soutenu quand même par les adversaires de la Commission,

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