‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 78 sur 243 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

« Je n’ai pas d’autre symbole, pas d’autres principes que ceux de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : La liberté, l'égalité, la sûreté , la propriété.

« Comme la Déclaration des droits, je définis la liberté : Le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.

a Comme la Déclaration des droits encore, je définis, provisoirement, la propriété : Le droit de disposer librement de ses revenus, du fruit de son travail , de son industrie.

« Voilà tout mon système : Liberté de conscience, liberté de la presse, liberté du travail, liberté du commerce, liberté de l’enseignement, libre concurrence, libre disposition du fruit de son travail et de son industrie, liberté à l’infini, liberté absolue, la liberté pour tous et toujours!

« C’est le système de 89 et 93 ; le système de Quesnay, de Turgot, de J. -B. Sav ; le système que professent tous les jours, avec plus ou moins d’intelligence et de bonne foi, les divers organes de nos partis politiques; le système des Débats, de la Presse, du Constitutionnel, du Siècle, du National, de la Réforme, de la Gazette. C'est votre système à vous, enfin, électeurs! »

Il ajoutait :

« Ce n’est pas là du communisme, certes ; ,

« Ce n’est pas là le gouvernement de Méhémet- Ali;

« Ce n’est pas de la dictature ;

« Ce n’est pas l’intervention de l’Etat dans toutes les fonctions civiles et jusque dans la famille ;

134 COMMISSION EXÉCUTIVE

« Ce n’est ni du Babceuf, ni du socialisme, ni du Fourier;

« C'est la foi de Franklin, de Washington, de Lafayelte, de Mirabeau, de Manuel, de Casimir Périer, d'Odilon Barrot, de Thiers : cela vous parait-il rassurant ou compromettant? »

Il concluait par le développement de ses idées sur la Banque d’échange dont nous avons déjà parlé.

Lorsqu’on suit une telle argumentation, de telles prémisses, de telles conclusions, on est forcé de se demander si cet esprit profond et débordant les émettait sérieusement, et l’on se rappelle son mot : Je sonne pour captiver l'attention.

Ainsi que M. Proudhon, M. Fmile de Girardin faisait un incessant appel à la curiosité publique par l’excentiicité de ses idées, par la violence de sa polémique, par sa verve intarissable. A l’entendre, le journalisme, loin d’être un apostolat, n’était qu’un métier, comme tout autre, il tirait vanité de son assertion, et semblait en etfet diriger La Presse comme une exploitation ordinaire. En quête de lecteurs, c’est-à-dire d’abonnés, il avait chaque jour une publication à etTet: paradoxe, maxime provoquante, critique impitoyable. Il se disait avec complaisance socialiste de vieille date. Il confessait une franche adhésion à la République et il l’attaquait à outrance. Il couvrait de fiel chacun des membres du Gouvernement, excitait contre eux toutes

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