CHAPITRE QUATRIÈME
les colores, les chargeait de toutes les misères, de toutes les douleurs de la situation ; c’était particulièrement contre les républicains du National et de la Réforme qu’il lançait ses attaques les plus malveillantes. Aussi bornait-il la profession de foi que lui demandaient ses prosélytes à ces mots :
« Aux Electeurs du département de la Seine :
« Je ne suis pas un Républicain delà veille!!... »
Victor Hugo, nommé pair de France par Louis- Philippe, avait accepté la pairie comme une justice rendue à ses œuvres. Aujourd’hui le pur éclat de la Révolution de .Février faisait jaillir dans le cœur de l’homme de génie l’amour de la République, et il le proclamait dans une admirable profession de foi.
Après avoir répudié la République sanglante, basée sur la Terreur, qui remet en mouvement ces deux machines fatales, qui ne vont pas l’une sans l’autre, la planche aux assignats et la bascule de la guillotine, il est prêt à donner sa vie pour la République: qui fondera une liberté sans usurpation, sans violence, une égalité salutaire pour la croissance naturelle de chacun, une fraternité non de moines dans un couvent mais d’hommes libres; qui donnera à tous l’enseignement comme le soleil donne la lumière, gratuitement; qui introduira la clémence dans la loi pénale et la conciliation dans la loi civile ; multipliera les chemins de fer; reboisera une partie du territoire; en
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défrichera une autre ; décuplera la valeur du sol ; partira de ce principe qu’il faut que tout homme commence par le travail et finisse par la propriété ; assurera en conséquence la propriété comme la représentation du travail accompli, et le travail comme l'élément de la propriété future; respectera l’héritage, qui n’est autre chose que la main du père tendue aux enfants à travers le mur du tombeau; combinera pacifiquement, pour résoudre le glorieux problème du bien-être universel, les accroissements continus de l’industrie, de la science, de l’art et de la pensée; poursuivra, sans quitter terre pourlant et sans sortir du possible et du vrai, la réalisation sereine de tous les grands rêves des sages ; bâtira le pouvoir sur la même base que la liberté, c’est à-dire sur le droit; subordonnera la force à l’intelligence ; dissoudra l’émeute et la guerre, ces deux formes de la barbarie; fera de l'ordre la loi des citoyens et de la paix la loi des nations; vivra et rayonnera; grandira la France; conquerra le monde; sera, en un mot, le majestueux embrassement du genre humain sous le regard du Dieu satisfait :
« Cette République s’appelle la civilisation. »
La candidature du prince de Joinville, illégale par suite de la loi de bannissement, ne pouvait avoir d’autre conséquence qu’une agitation momentanée, bientôt effacée.